La littérature d’horreur selon Steve Laflamme

À n’en pas douter, le roman d’horreur se définit avant tout par son climat de peur. On le présente souvent à tort comme un sous-genre de la littérature fantastique, et on l’associe parfois à l’écriture du roman policier. Pourtant, le récit horrifique, fortement apprécié du public, ne met pas toujours en scène des phénomènes surnaturels ou des enquêtes. Steve Laflamme, auteur à succès, enseignant en littérature au Cégep de Sainte-Foy et spécialiste du genre de l’horreur, nous offre quelques conseils d’écriture.

Les caractéristiques de la littérature d’horreur selon Steve Laflamme
Steve Laflamme. Crédit photo: Chantale Gingras.

Salué par la critique notamment pour son roman Le Chercheur d’âme et pour sa nouvelle noire intitulée «Quatre fois, quatre saisons», Steve Laflamme souligne que ce genre «se démarque d’abord par une série d’effets qui visent la répulsion, l’effroi, et il est souvent marqué, avouons-le, par une suite d’événements qui n’ont principalement que cette fin : provoquer une réaction sensationnelle chez le lecteur.»

Mais comment bien ancrer son histoire dans ce type de littérature et susciter l’épouvante ?

Évoquer la peur dans la littérature d’horreur

Pour créer l’effet recherché chez le lecteur, il convient de bien l’accrocher à l’action et de l’amener à y entrer notamment par l’intermédiaire de ses sens. Le principe du «Don’t tell me, show it» se doit d’être maîtrisé à merveille. Mais dans la description, l’auteur devra aussi laisser une place à l’anticipation.

Solliciter l’imaginaire

«Il ne faut pas négliger non plus l’effet produit par ce que j’appelle “le principe de la porte close” : le lecteur se doute que certaines choses désagréables sont dissimulées dans le noir, mais comme le personnage, il ne lui est pas donné de les voir : il ne peut que les imaginer. Il faut faire confiance à l’imagination du lecteur pour concevoir des réalités bien plus épouvantables que celles que saurait décrire le plus habile des auteurs», explique Steve Laflamme.

À titre d’exemple, voici un extrait de son roman Barbe bleue, publié aux Éditions ADA:

«L’obscurité m’avalait au fur et à mesure que je descendais l’escalier de pierre sur lequel s’était ouverte la trappe. Chaque fois que mes pieds se posaient sur une marche, des raclements de protestation du gravier allaient se répercuter dans les profondeurs de ce bunker creusé dans le sol. […]

À quelles activités Barbe bleue s’adonnait-il en un tel lieu ?

[…] le silence était parfois ponctué du ploc insistant d’un liquide qui gouttait sur le sol. La trappe, au-dessus de moi, s’est soudain refermée dans un claquement qui m’a fait sursauter.» (p. 64-65)

À ce stade, on remarquera que l’auteur prend le temps de positionner son personnage dans une atmosphère propice, le rythme plus lent de la narration viendra créer le suspense et son champ lexical l’accentuera. Cette méthode poussera le lecteur à tourner la page pour satisfaire sa curiosité et découvrir si son appréhension se verra confirmée.

La focalisation externe

Pour le maintenir dans cette ambiance, l’auteur pourra également entretenir le mystère en contrôlant les révélations divulguées tout au long de l’histoire. Le but est de créer un effet de progression, mais aussi de capter l’attention.

«Un procédé que j’emploie souvent consiste à finir un chapitre en focalisation externe : un ou des personnages en savent plus que le narrateur (et donc que le lecteur)», raconte Steve Laflamme.

Dans Le Chercheur d’âme, roman acclamé tant au Québec qu’en Europe et publié aux Éditions de l’Homme, l’auteur joue entre autres sur ce point vu extérieur :

«“C’est vous qui avez pensé fouiller la niche ?” demande St-Maurice.

Martel opine.

“Et tout y était ?

— Tout ce qu’il fallait.”

Il n’y avait jamais eu de chien dans la niche. La seule chose qu’elle avait abritée était un lot de pyjamas d’enfants. C’était en plus des menottes et d’un instrument de contention…». (p.19)

Piquer la curiosité et entraîner son lecteur toujours plus loin dans son aventure ne demeure pas suffisant. Encore faut-il «livrer la marchandise : l’horreur doit s’avérer à la hauteur des attentes», ce qui reste un défi selon Steve Laflamme. «La capacité à savoir doser [la tension et les effets horrifiques] s’avère aussi importante. [Autrement, le] sang pour le sang, c’est vain et facile. Chaque scène horrifique doit servir […] la trame narrative.»

Miser sur l’empathie

Pour viser juste lors des séquences sanglantes, monsieur Laflamme mentionne une autre stratégie pertinente : «Le mécanisme que je préconise relève davantage du contenu que de la forme : je compte sur l’empathie du lecteur et le confronte à une scène qu’il souhaiterait ne jamais avoir à vivre. Ce n’est pas tant le choix des mots qui importe que la description précise».

L’exemple suivant tiré de Peau d’âne, publié aux Éditions ADA, mise sur ce sentiment :

«En ouvrant complètement la porte, le Président aperçut ce qu’il y avait dans le cagibi. C’était bien Anne […]

La peau d’Anne avait été prélevée de son corps, puis cousue de manière artisanale au dossier de sa chaise, dans une exhibition d’horreur qui n’avait d’égale que la tête de la jeune fille, qui retombait mollement sur sa poitrine, donnant à la sinistre composition des airs de poupée de chiffon sanglante.

Le Président se propulsa hors de la chambre de sa fille.» (p.197)

Après les montées dramatiques, l’auteur devra donc répondre aux attentes et révéler l’intrigue «petit à petit, comme à travers un brouillard qui se dissipe lentement», jusqu’à la finale caractéristique.

La finale choc

Pour réussir la fin en littérature d’horreur, il importe qu’elle soit «conséquente avec ce qui s’est produit […], chaque mystère est résolu. Elle doit respecter le crescendo de l’œuvre, autrement, le lecteur retiendra que l’œuvre s’est effondrée…». Le «punch» devra donc sonner comme une révélation explosive ou, lorsqu’il y a une suite, gagnera à se montrer particulièrement invitant.

Dans tous les cas, l’histoire d’horreur efficace, «c’est celle qui dure après la lecture, qui fait s’interroger, mais aussi qui se produit pour certaines raisons, qui trouvent une forme de “cohérence” dans l’œuvre», conclut Steve Laflamme.

Pour explorer ce genre, il recommande Ring de Koji Suzuki (à l’origine du film Le cercle), Pet Semetary de Stephen King, Troupe 52 de Nick Cutter, Le silence des agneaux de Thomas Harris et les «actes de Buffalo Bill, le tueur en série».



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