La règle d’or de l’écrivain : «Don’t tell me, show it.»

Si l’art de narrer relève évidemment du narrateur, dont la voix porte le récit, ce dernier doit toutefois savoir s’esquiver par moment pour laisser l’histoire se raconter par elle-même. En effet, il ne faut pas négliger ce que le lecteur peut lire et décoder entre les lignes, car son interprétation enrichit sa lecture et confère encore plus de puissance au récit.

La différence entre raconter et montrer

La nuance peut sembler difficile à saisir, mais une fois qu’elle est comprise on ne tarde pas à l’intégrer et cela devient comme une seconde nature lors de l’écriture.

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’appliquer cette règle en tout temps et en toute circonstance ; certains passages peuvent avoir besoin d’être racontés brièvement afin de situer le lecteur, mais les moments clés gagnent quant à eux à faire l’objet d’une attention particulière. Ralentir le rythme narratif en prenant le temps de « montrer » les événements permet de mettre ceux-ci en relief et de favoriser un plus grand impact dans l’esprit du lecteur.

Raconter

Lorsqu’on s’affaire à raconter une histoire, le lecteur est mis au fait des événements et du contexte entourant le récit. C’est-à-dire qu’on l’informe, mais on ne le laisse pas se forger ses propres impressions et tirer ses propres conclusions ; le narrateur impose les siennes. Le lecteur est alors confiné au rôle de témoin passif.

Par exemple, on lui apprend qu’un personnage est triste ou en colère. Le lecteur est informé de cette colère, mais il ne la ressent pas avec lui.

Montrer

Mais que veut-on dire, au juste, par « montrer » ? Il s’agit en fait de stimuler l’intérêt, la curiosité et l’imagination du lecteur en plongeant celui-ci au cœur de la scène. Plutôt que lui dicter ce qu’il doit comprendre et ressentir, on soumet des éléments à son attention en se gardant bien de les interpréter à sa place. De cette manière, le lecteur « participe » à l’histoire en tant que témoin critique de celle-ci.

Par exemple, on décrira la posture d’un personnage recroquevillé sur lui-même, sanglotant, la tête entre les jambes. Nul besoin d’expliquer au lecteur que celui-ci est triste. Il en tirera lui-même la conclusion.

L’interprétation du lecteur

En adoptant cette dernière approche, on fait émerger les impressions du lecteur. Ce dernier, pour interpréter ce qui se passe sous ses yeux, n’a d’autre choix que de puiser dans ses référents, ce qui fait ressurgir en lui des émotions qui lui permettent d’éprouver de l’empathie pour les personnages.

Des techniques narratives

Cette approche oblige évidemment l’auteur à porter plus d’attention aux détails et à ralentir le rythme narratif. Parmi les techniques narratives que l’on peut déployer pour « montrer » plutôt que de simplement « raconter », on compte le recours prédominant à la scène (faire vivre au lecteur un événement « en temps réel ») et au dialogue (lui aussi présenté « en temps réel »).

Un extrait «raconté»:

En colère, Nathan entre par la porte avant de la maison et se dirige droit vers Élise. Il l’accuse d’avoir agi sans l’avoir consulté d’abord. Celle-ci réplique avec assurance que cela n’aurait servi à rien, de toute manière, puisqu’elle connaissait déjà son avis à ce sujet et qu’elle n’avait pas l’intention d’en tenir compte.

On voit dans cet exemple que l’on raconte au lecteur ce qui est en train de se passer. On l’informe également du contenu de leur discussion et on le renseigne au sujet de ce que ressentent les personnages.

Ce même extrait «montré»:

Le claquement de la porte d’entrée résonne dans toute la maison et fait sursauter ses occupants. Le visage rouge, Nathan se dirige droit vers Élise.

— Comment as-tu pu oser faire ça sans me consulter d’abord ?

Élise redresse sa posture et plante son regard dans le sien avec aplomb.

— Ça n’aurait servi à rien. Je sais déjà ce que tu en penses et ça ne change en rien ma décision.

Dans cet exemple, on permet au lecteur d’assister à la scène comme s’il était lui-même sur place. Il est témoin de la discussion dont il peut tirer ses propres impressions. En observant les réactions physiques des personnages, il est également en mesure d’imaginer et de mieux ressentir les émotions qui les habitent.


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