Écrire de la littérature érotique selon Marie Gray

Marie Gray est une incontournable de la littérature érotique québécoise. Elle est notamment connue pour ses Histoires à faire rougir, des recueils de nouvelles pour adultes qui ont obtenu un vif succès au Québec comme à l’international. Nous avons questionné l’auteure, qui est également directrice littéraire chez Guy Saint-Jean Éditeur, afin de connaître ses 5 meilleurs conseils pour rédiger de la bonne littérature érotique sans tomber dans la facilité ni la vulgarité. 

Crédit photo: Isa Photographie

1. Faire monter le désir

Selon elle, ce qui différencie l’érotisme de la pornographie, c’est la mise en scène du désir chez les personnages. Dans la pornographie, les descriptions sont purement physiques et mécaniques. L’acte sexuel y est décrit de façon crue et sans détours. Les récits érotiques, quant à eux, permettent au lecteur de plonger dans l’intériorité des personnages et d’ainsi ressentir le désir qui grandit en eux.

L’érotisme s’attarde donc davantage à tout ce qui entoure l’acte sexuel en insistant sur l’éveil du désir et l’anticipation de la jouissance. Se contenter de la description de l’acte sexuel en négligeant les sensations et les émotions des personnages est, selon les dires de Marie Gray, une erreur qui est souvent commise dans les manuscrits pour adultes soumis aux maisons d’édition.

2. Déterminer le lectorat cible

Puisque le désir est une chose très personnelle, il va de soi qu’il est impossible de plaire à tous. Ce qui est excitant varie d’une personne à une autre. C’est pourquoi il convient de déterminer un public cible afin de pouvoir mieux caractériser les personnages et déployer votre mise en scène. Dites-vous également que plus les actes sexuels décrits dans votre manuscrit sont marginaux, plus le public sera limité.

3. Choisir le vocabulaire approprié

Le choix du vocabulaire dans la littérature érotique est primordial. C’est ce qui vous permettra d’exciter le lecteur, mais sans tomber dans le piège du cliché, qui risquerait de diminuer la valeur littéraire de votre manuscrit. Le cliché est une façon de faire dans la facilité, qui trahit un certain manque d’originalité. Madame Gray précise en effet :

« En érotisme, il est facile de tomber dans les clichés en utilisant, soit dans les dialogues, soit pour décrire différentes parties de l’anatomie des protagonistes, des termes qui sont trop cliniques (ce qui n’est pas très excitant), trop poétiques (ce qui peut parfois frôler le ridicule) ou encore trop familiers. Les dialogues doivent sembler probables : personne n’utiliserait, dans le feu de l’action, un langage trop recherché ou tout en métaphores. Mais les formules trop familières peuvent (vraiment) agacer. De même, les positions, les organes, les gestes, lorsque décrits de manière très factuelle, sans fantaisie, donnent une impression de froideur qui est bien peu érotique! »

Il faut donc trouver dans les descriptions un certain équilibre entre le trop recherché, le trop commun et le trop mécanique. Ceci vous permettra de favoriser le vraisemblable.

4. Caractériser et développer les personnages

Pour que le lecteur se sente excité par ce que les protagonistes vivent, il est essentiel qu’il puisse savoir d’où ils viennent, pourquoi ils ressentent ce qu’ils ressentent et comment le désir monte en eux. Pour ce faire, l’auteur doit s’assurer de suffisamment caractériser ses personnages. Il doit aussi les faire évoluer dans l’histoire, comme on le ferait en général avec n’importe quel autre type de récit.

Les personnages ne sont donc pas que des corps s’adonnant au plaisir, mais également des êtres dotés d’une histoire, d’émotions et de désirs bien à eux. En caractérisant les personnages, le lecteur pourra plus facilement s’identifier à eux. Cela aura pour effet de les rendre plus incarnés.

5. S’assumer en tant qu’auteur tout en respectant ses limites

Le dernier conseil sur lequel Madame Gray insiste est celui de s’assumer en tant qu’auteur de littérature érotique. Il faut, dans un premier temps, s’interroger sur les thèmes qui vont à l’encontre de nos valeurs. En délimitant ainsi ce qui est hors de notre zone de confort, on pourra s’assurer de ne pas aller au-delà.

Vous êtes mal à l’aise en ce qui concerne les pratiques BDSM? Inutile d’aller dans cette direction, puisque le malaise risque de transparaître à l’écrit. En écrivant sur des thèmes avec lesquels vous êtes confortables, il vous sera plus facile d’assumer vos écrits.

Il faut également être conscient que le rôle d’auteur pour adultes vient avec une image qui peut parfois être lourde à porter. Bien que la société soit beaucoup plus ouverte à ce genre de littérature qu’elle ne l’a déjà été, des jugements sont encore présents. Madame Gray raconte notamment qu’elle a reçu à plusieurs reprises des numéros de téléphone ou de chambre d’hôtel, assortis de propositions sexuelles, laissés par des hommes lors de salons du livre. Elle ajoute également que les gens pensent souvent à tort que ses récits sont des témoignages de son propre vécu, alors que c’est en réalité de la pure fiction. Il faut être à l’aise avec l’image que l’on projette ainsi dans l’espace public. En vous préparant à faire face à des préjugés du genre, vous pourrez mieux participer à les faire disparaître.

Un art délicat

Il est délicat, l’art de rédiger de la littérature pour adultes. Pourtant, lorsqu’on maîtrise les ingrédients qui la composent, cela peut donner lieu à une littérature puissante qui marque l’imaginaire et se taille une place bien particulière au fin fond de nos désirs. Armés de ces 5 conseils de pro, vous voilà fin prêts à tenter l’aventure de l’érotisme de bon goût !


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