L’art des dialogues dans le roman

Beaucoup de textes narratifs —pour ne pas dire la plupart— comportent des dialogues. On appelle séquences dialogales ces passages constitués d’échanges verbaux entre personnages. Ceux-ci peuvent s’avérer plus ou moins longs, selon le cas, mais peu importe l’espace qu’ils occupent dans le récit l’auteur doit leur accorder une grande attention afin de les insérer avec harmonie au cœur de la narration.

Afin d’assurer leur bon équilibre il convient de considérer, entre autres, les aspects suivants :

Longueur des séquences dialogales 

Comme on le sait, un texte narratif est principalement constitué de séquences narratives sans quoi il ne saurait prétendre à cette appellation. L’insertion de séquences dialogales au cœur du roman (récit, nouvelle, conte ou autre) doit par conséquent être bien dosée afin de respecter les caractéristiques du genre. Si les dialogues peuvent s’avérer absents ou rares sans que cela ne pose problème, leur surabondance crée toutefois un déséquilibre au cœur du récit en rompant les codes du genre. Lorsqu’un échange verbal entre personnages s’étale sur une ou plusieurs pages, sans interruption ou presque, le lecteur a tout à coup l’impression d’être en train de lire le texte d’une pièce de théâtre. C’est en effet le propre de ce genre littéraire que de livrer essentiellement des échanges verbaux entrecoupés de quelques didascalies au besoin. Il convient donc, dans le texte narratif, de n’accorder aux dialogues que l’espace qui leur revient, sans plus, c’est-à-dire un espace complémentaire à la narration.

Usage efficace et approprié des dialogues

Lorsque les dialogues sont trop longs, la lecture peut devenir lassante. L’attention du lecteur s’épuise devant cette partie de ping-pong verbal qui s’étend sur plusieurs pages. Qui plus est, il se dégage du texte une impression de paresse narrative, comme si le narrateur, épuisé par l’effort qu’exige de lui le déploiement d’une narration bien ficelée, avait déclaré forfait et décidé de déléguer la suite du récit au personnages. On dirait que le narrateur, en qui on avait confiance pour mener à terme cette histoire, nous a abandonné en cours de route. Pour éviter cette désagréable impression, il importe que la narration reste prédominante et que le dialogue n’intervienne que de manière secondaire pour bonifier cette narration. En aucun cas il doit lui suppléer.

Rythme narratif

Bien doser les séquences textuelles, c’est aussi une question de rythme. Toute longueur, quelle qu’elle soit, est toujours ennuyante pour le lecteur. C’est pourquoi il vaut mieux alterner au besoin les types de séquences (narratives, descriptives, dialogales, et autres selon le cas.)  En variant de la sorte, le rythme de la lecture peut être bien modulé et il se révèle beaucoup plus agréable. N’hésitez pas à couper dans les répliques nombreuses. Le lecteur n’a pas besoin de connaître l’entièreté des conversations. Sachez entrer dans le vif du sujet et ne sélectionner que les segments nécessaires à l’histoire en cours.

Pertinence des répliques

Tout comme la narration, les dialogues doivent contribuer à l’avancement du récit. Chaque phrase devrait introduire des éléments nouveaux et pertinents. Il vaut mieux éviter répliques banales comme dans l’exemple qui suit, à moins qu’elles ne soient, pour une raison quelconque, d’une certaine importance dans le cours des événements.

—        Tu veux quelque chose à boire ?

—        Tu as du thé?

—        Du thé vert.

—        Ok je vais en prendre un.

—        Je t’en prépare tout de suite.

—        Merci.

—        Ça fait plaisir.

—        De rien.

Pourquoi ne pas couper ce passage et se contenter de le résumer dans la narration en informant le lecteur du fait que l’un offre quelque chose à boire à l’autre et que ce dernier accepte avec plaisir?

Une solution à tout!

Si vos personnages ont beaucoup à se dire, et que cela vous semble de première importance, au point où vous hésitez à trancher « dans le gras », la solution est relativement simple. Il suffit de couper dans les pavés de dialogues en alternant ici et là le discours direct (paroles citées telles quelles par le recours aux dialogues) avec des segments de discours indirect (paroles rapportées indirectement dans la narration, c’est-à-dire reformulées par le narrateur en ses propres mots.)

Ainsi, l’exemple cité plus haut pourrait devenir quelque chose comme :

« Il lui offrit quelque chose à boire. Elle accepta un thé vert et il s’empressa de lui préparer sans attendre, ce pour quoi elle ne manqua pas de le remercier ».

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