Lecture à voix haute : une technique de réécriture efficace

Plusieurs moyens sont efficaces pour améliorer son manuscrit. C’est grâce à une combinaison d’exercices que celui-ci atteindra sa version finale, celle qui sera proposée à un éditeur ou qui sera autopubliée. Parmi les techniques de réécriture à prendre en considération, il y a la lecture à voix haute, une pratique prisée par de nombreux auteurs.

Une technique qui passe à l’histoire

L’écrivain Gustave Flaubert, considéré comme l’un des plus grands romanciers français du XIXe siècle, a fait de la lecture à voix haute une méthode aussi efficace qu’exigeante afin de parfaire ses écrits. Ce qu’il appelait le «gueuloir» consistait à lire d’une voix très forte et de manière articulée son texte. «Les phrases mal écrites ne résistent pas à cette épreuve; elles oppressent la poitrine, gênent les battements du cœur, et se trouvent ainsi en dehors des conditions de la vie», écrit-il dans la préface de Dernières chansons de Louis Bouilhet (1872) [1]. 

Bien qu’elle n’ait pas l’habitude de faire usage de cette pratique, Danielle Marcotte, écrivaine québécoise récipiendaire du prix Arlette-Cousture 2021 pour son roman L’accordéon, Madame et moi, a pu constater sa pertinence lorsqu’elle en a fait une lecture orale bien après sa publication: «Quand on lit à voix haute, on prend conscience de ce qu’on est en train de faire, de ce qu’on est en train d’écrire, de dire. On n’est pas dans l’écriture à ce moment, on est dans la réécriture de son texte; c’est le moment de le tester, de le vérifier, de le balancer. Je ne vois pas comment je pourrais éviter cet exercice dans mes prochains écrits.»

Conseillée par les éditeurs et appréciée par les auteurs, cette technique aide à déceler bien des erreurs que la simple lecture à voix mentale ne saurait apporter.

Voici quelques avantages de la lecture à voix haute :

Une relecture plus attentive et objective

Si relire son texte constitue un moyen inéluctable dans l’étape de la réécriture, le réciter offrirait un apport supplémentaire à son amélioration tout comme le fait de l’imprimer pour mieux le passer à la loupe. Alors habitué à sa voix mentale, l’auteur qui déclame son texte portera un regard nouveau sur celui-ci. «Lire à voix haute, c’est lire par un autre soi-même», soutient l’auteur québécois Nicolas F. Paquin, qui emploie cette méthode depuis l’enfance.

Dans cette optique où l’auditeur est autre, il semble alors plus facile de débusquer les aspérités du langage qui échapperaient à l’écrivain autrement : les mots manquants, les fautes de frappe et d’accord, les répétitions, les tics d’écriture, les mauvais choix de temps de verbe, etc.

Grâce à cette plus grande objectivité, l’auteur pourra également veiller à ce que l’ensemble de son manuscrit soit plus cohérent et ainsi repérer les contradictions. Par exemple, le niveau littéraire ou le registre de langue adopté devrait perdurer tout au long de l’œuvre à moins qu’un changement en cours de route ne soit justifié.

Un examen du rythme et de la fluidité

Parce que l’ouïe est sollicitée grâce à cette technique, plusieurs aspects pourront alors être étudiés. Pour que les conditions soient favorables à la découverte de certains problèmes, l’auteur devra s’assurer, lors de la lecture, de prononcer distinctement, tout en tenant compte des intonations et des pauses exigées par le texte.

Lecture à voix haute de Nicolas F. Paquin. Courtoisie de Nicolas F. Paquin.

Perdre le souffle en lisant une phrase, par exemple, serait le signe d’un manque de ponctuation. Au contraire, si la lecture nécessite que l’on doive s’arrêter incessamment et sans raison, on observera un manque de fluidité lié soit à l’emplacement des virgules ou à la longueur des phrases. Le rythme joue donc pour beaucoup : il importe que le lecteur puisse lire sans accroc, qu’il ne trébuche pas à certains endroits et, surtout, qu’il n’ait pas besoin de relire plus d’une fois une phrase pour bien saisir son sens.

Pour Stéphane Dompierre, chroniqueur, scénariste, auteur ainsi que directeur littéraire chez les éditions Québec Amérique, ce procédé est une étape nécessaire : «Dans mon rôle d’éditeur, je ne lis pas à haute voix les manuscrits sur lesquels je travaille. J’espère que l’auteur ou l’autrice le fera. (Et je sais quand il ou elle ne l’a pas encore fait.) […] Je réussis tout de même à entendre les phrases imprononçables, ou celles qui nous obligent à ralentir le rythme, par exemple s’il y a une surabondance de mots courts […]».

Une amélioration de la poétique et des effets de style

En déclamant, l’auteur sera plus à même de remarquer les passages du texte qui tombent quelque peu à plat, qui n’ont pas l’effet recherché. «Quand j’arrive dans un long passage un peu trop explicatif où il ne se passe rien, je commence à ressentir l’ennui de mon public imaginaire, qui regarde son cellulaire, en profite pour aller aux toilettes… Je n’ai pas envie de l’ennuyer, alors je reprends ces passages jusqu’à ce qu’ils soient à la hauteur du reste», mentionne Stéphane Dompierre concernant ses propres écrits.

La réécriture, c’est donc remanier des phrases plus monotones, jouer avec la musicalité des mots et en substituer quelques-uns pour d’autres plus poétiques ou plus signifiants afin de provoquer le résultat tant attendu auprès du lectorat. Comme le dit si bien Nicolas F. Paquin, «il faut que le texte puisse vivre par lui-même».

Bref, ce travail à l’oreille implique un investissement de temps, car plusieurs lectures à voix haute seront essentielles pour qu’un manuscrit puisse atteindre son plein potentiel. Allez, réveillez votre gorge, scandez votre texte, égosillez-vous! Faites-lui toute la place pour qu’il puisse à son tour résonner chez le lecteur!

[1] France Culture, «Flaubert et l’épreuve du « gueuloir » : crier pour mieux écrire ?»


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