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Quelle est la différence entre conseiller et agent littéraires?

La réalité éditoriale a énormément changé au Québec, au cours du siècle dernier, et cette mutation profonde a fait émerger de nouveaux métiers, dont ceux d’agent et de conseiller littéraires. Le fait est que ces fonctions professionnelles, étant assez récentes, ne sont encore que relativement bien définies et semblent avoir besoin de l’être au bénéfice de l’auteur qui a parfois du mal à distinguer l’un de l’autre.

Pour être brefs, soulignons que c’est à la suite de la Révolution tranquille que se multiplient au Québec les maisons d’édition professionnelles. Auparavant, pour différentes raisons économiques et sociales, le contexte s’y prêtait peu. Dans les décennies subséquentes, on voit naître une plus grande quantité d’aspirants à l’écriture. L’éducation accessible à tous, les nouvelles technologies et l’avènement de l’Internet démocratisent en quelque sorte l’écriture.

Métamorphose du milieu éditorial

Aujourd’hui, n’importe qui le souhaite peut écrire et rendre ses textes publics par le recours à différents types d’édition, que ce soit en mode papier ou en mode numérique. Le marché éditorial a évolué rapidement et, c’est un fait, l’édition traditionnelle n’a plus le monopole de la publication. Celle-ci demeure malgré tout très prisée dans le milieu littéraire, car elle continue d’incarner un gage de qualité du fait que son processus de publication est éminemment sélectif.

Avec cette métamorphose profonde du monde éditorial, et la multiplication des aspirants à la publication est né un besoin d’accompagnement professionnel auquel s’affairent à répondre tant le conseiller que l’agent littéraire. Quoique leur travail soit complémentaire, il n’en demeure pas moins que leurs vocations sont différentes.

Conseiller littéraire

Le conseiller littéraire est un intervenant primordial auprès de l’auteur. Son travail précède celui de l’agent littéraire et de l’éditeur. Il possède une expertise essentiellement littéraire et agit à la manière d’un directeur éditorial auprès de l’auteur qui désire perfectionner son manuscrit avant de le soumettre aux éditeurs. Le conseiller littéraire offre différents services littéraires et est habituellement rémunéré par l’auteur lui-même à taux horaire ou forfaitaire. Ce métier en est un qui accompagne l’auteur, à sa demande, dans son travail d’écriture et/ou de réécriture sur un projet d’écriture en particulier.

Agent littéraire

L’agent littéraire dit « primary agent » agit à titre d’intermédiaire entre l’auteur et l’éditeur. Son travail s’inscrit à la suite de celui du conseiller littéraire et précède celui de l’éditeur. Bien qu’il puisse lui aussi posséder des connaissances et des compétences littéraires, le « primary agent » détient essentiellement une expertise négociatrice et légale concernant les nombreuses clauses possibles des contrats d’édition. C’est donc dire que ce type d’agent littéraire agit à titre de représentant de l’auteur en vue de dénicher un éditeur pour son manuscrit. Il touche habituellement, en guise de rémunération, un pourcentage des ventes.

Il est intéressant de constater que, même au cœur du milieu littéraire professionnel, la nuance entre agent et conseiller littéraires est parfois mal comprise. D’autant plus en ce qui concerne l’importante distinction à faire entre le « primary agent » et l’agent littéraire en tant que tel.

Confusion générale

Il est intéressant de constater que, même au cœur du milieu littéraire professionnel, la nuance entre agent et conseiller littéraires est parfois mal comprise. D’autant plus en ce qui concerne l’importante distinction à faire entre le « primary agent » et l’agent littéraire en tant que tel (nous en traitons un peu plus loin dans ce texte). Cette confusion s’explique par le fait que ce sont des métiers émergents en plein processus d’adaptation aux nouvelles réalités du milieu éditorial.

Selon David Camus, agent littéraire parisien exerçant son métier à l’international et possédant plus de 20 ans d’expérience dans l’industrie littéraire, il faut prendre garde de ne pas confondre les métiers de conseiller et d’agent littéraires. Bien que ceux-ci soient complémentaires, un professionnel qui porterait les deux chapeaux se trouverait tôt ou tard en conflit d’intérêts : « Un agent n’est rémunéré qu’à la commission et ne se fait pas payer pour les conseils qu’il apporte à ses clients. Quant aux conseillers littéraires, que se passe-t-il s’ils accompagnent quelqu’un, mais ne le représentent — au bout du compte — pas? Et s’ils le représentent? (S’ils le représentent alors ils lui font payer un service qu’un agent ne fait pas payer.) » Bref, on voit nettement que ces deux modes de fonctionnement peuvent s’avérer conflictuels.

En termes clairs, le conseiller littéraire dispense contre rémunération un service-conseil offert de façon ponctuelle. Même si son intervention soutient l’auteur dans le perfectionnement de son manuscrit, elle n’en garantit pas pour autant la publication.

Le « primary agent », quant à lui, s’engage à trouver un éditeur pour l’auteur qui l’a mandaté à cet effet. L’auteur n’a rien à payer de sa poche puisque l’agent sera rémunéré à la commission advenant qu’une entente de publication soit conclue. Si aucun éditeur n’est déniché pour ce manuscrit, l’auteur ne devrait normalement verser aucune compensation financière à l’agent; c’est dire à quel point ce dernier, question de rentabiliser ses démarches, doit croire en le potentiel de ce manuscrit et de cet écrivain s’il veut éviter de travailler en pure perte.

L’agent doit bien sûr, avant toute chose, prendre connaissance du détail manuscrit, question d’être en mesure de bien « le vendre » aux éditeurs qu’il sollicitera — et peut-être qu’il proposera, selon ses compétences littéraires, quelques petits ajustements à l’auteur, sans toutefois entreprendre un travail en profondeur comme le ferait le conseiller littéraire  — avant de débuter officiellement les démarches éditoriales.

Peut-on « se prendre un agent » pour faciliter la quête d’un éditeur?

Il importe de savoir que « ne prend pas agent qui veut ». C’est-à-dire que l’agent littéraire s’accorde le droit de refuser des mandats. On peut le comprendre fort aisément; pour faire valoir le potentiel d’un manuscrit auprès d’un éditeur, il doit d’abord et avant tout y croire lui-même. Non seulement il aurait bien du mal à en vanter les mérites, s’il ne croit que plus ou moins aux qualités littéraires du texte concerné, mais il perdrait en crédibilité dans le milieu du livre si sa réputation devait colporter que son jugement littéraire s’avère défaillant.

Il importe de savoir que « ne prend pas agent qui veut ». C’est-à-dire que l’agent littéraire s’accorde le droit de refuser des mandats. On peut le comprendre fort aisément; pour faire valoir le potentiel d’un manuscrit auprès d’un éditeur, il doit d’abord et avant tout y croire lui-même.

Le « primary agent » choisit donc ses clients (et non l’inverse). Et, question de bien faire les choses, l’agent possède normalement, tout comme l’éditeur lui-même, une ligne éditoriale. Ainsi il peut favoriser un ou quelques genre(s) littéraire(s) dont il est spécialiste. Il développe par conséquent ses partenariats éditoriaux en fonction de ce créneau particulier.

Tout cela revient à dire qu’il peut s’avérer presque aussi difficile, pour un auteur, de trouver un agent littéraire qu’un éditeur! C’est en effet une autre étape de sélection à franchir. L’agent littéraire, tout comme l’éditeur, a l’embarras du choix parmi tous les manuscrits qui lui sont proposés; il exerce par conséquent une sélection très rigoureuse.

L’agent littéraire, tout comme l’éditeur, a l’embarras du choix parmi tous les manuscrits qui lui sont proposés; il exerce par conséquent une sélection très rigoureuse.

L’agent littéraire représente un intermédiaire de plus, entre l’auteur et l’éditeur, qui ne se révèle pas toujours nécessaire dans un petit marché comme le Québec par exemple. Il vaut peut-être mieux, dans la plupart des cas, prendre en charge soi-même sa démarche éditoriale et ne pas trop compter sur l’intervention miraculeuse d’un agent littéraire. Il faut savoir par ailleurs que l’agent littéraire est habituellement appelé à accompagner l’auteur non seulement dans sa démarche éditoriale, pour un manuscrit spécifique, mais idéalement tout au long de sa carrière.

Maintenant, considérant que l’auteur lui-même ne paie rien à l’agent qui le représente, voilà la question qui se pose : les agents littéraires travaillent-ils pour les auteurs ou les éditeurs?

Distinction entre « primary agent » et agent littéraire

« En gros, résume David Camus, tu travailles pour celui qui te paie. » Selon lui, la confusion générale qui règne dans le milieu éditorial, au sujet du métier d’agent littéraire, « vient du fait que beaucoup de prétendus agents confondent la fonction d’apporteur d’ouvrage (ou “editor at large”) et agent. Ils se disent — et se croient — agents alors que dans la plupart des cas ils ne négocient même pas pour leurs clients, ne s’occupent pas de son contrat et ne le vendent pas à l’étranger. Je me suis rendu compte, avec les années, qu’en fait très peu de personnes — y compris dans l’édition —comprennent ce qu’est un agent. »  Cela dit, il précise que « la plupart des personnes qui confondent “apporteur d’ouvrage” (qui sera rémunéré par l’éditeur) et “agent littéraire” (qui sera rémunéré par l’auteur, dans le cas d’un “primary agent”) le font souvent de bonne foi. Elles s’imaginent être “agent” parce qu’elles transmettent un texte à un éditeur. Mais un agent c’est bien plus que cela… »

Il ajoute que « les agents peuvent travailler pour des éditeurs ou d’autres agents — c’est même très courant. Dans ce cas, on dit qu’ils sont co-agents ou sub-agents. (…) Tu peux — en tant qu’agent — faire l’un ou les deux ou les trois, mais dans tous les cas c’est toi qui t’occupes des soumissions, des négociations et des contrats. Et tu es payé par le biais d’une commission. »

Cette confusion générale existerait selon lui surtout en France. « Ça fait longtemps que l’Espagne sait comment les agents fonctionnent », déclare-t-il. On peut sans doute en déduire que, si la France a encore des croûtes à manger de ce côté, le Québec a lui aussi encore beaucoup à faire en ce sens afin de rendre plus efficaces ses négociations éditoriales.

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