En tant qu’auteur.e, vous êtes-vous demandé si vous pouviez écrire dans votre roman : « Je me suis arrêté aux lumières » pour vous exprimer en français québécois? Pensez-vous que vous devriez vous en tenir à la bonne manière d’employer « lumières » en français : « Je me suis arrêté aux feux de circulation »? Oseriez-vous utiliser des mots comme « fin de semaine » ou « magasiner »? Voici quelques explications pour vous aider à prendre une décision[1].

Le français standard : un français « parfait »

Maître des dictionnaires et des grammaires[2], le français standard est internationalement compréhensible, peu importe l’endroit d’où provient un locuteur francophone : l’Acadie, la Louisiane, les pays francophones des Antilles et de l’Afrique, la Suisse…

Il symbolise un français unique, « lisse », qui condamne les variations géographiques de la langue[3], ses impropriétés et ses inventions langagières, même si, en réalité, il y a plusieurs français. Chaque francophone a sa façon de s’exprimer selon sa nationalité.

Le français standard n’en tiendra pas compte; un puriste avancera qu’on ne devrait pas dire l’expression québécoise « achaler », mais « importuner »[4], dans le français « correct » et universel. Mettre en valeur d’autres français, ce serait, à son avis, plonger dans un registre familier.

Le français standard, cependant, n’existe pas : on ne le parle nulle part dans toute la francophonie[5].

Qu’est-ce que le français québécois?

C’est le type de français que l’on emploie au Québec, différent du français standard. Il a été favorisé par les premiers immigrants français en Amérique du Nord avec leurs patois de l’époque : le picard, le poitevin et le normand, d’après certaines hypothèses[6]. Ces dialectes se seraient mélangés aux langues des peuples autochtones. La colonisation anglaise a occasionné l’arrivée de mots en anglais dans le français du Québec (« party », « peanut », « trail »…), de verbes dérivés de l’anglais (« feeler », « checker », « céduler »…) et de calques de l’anglais, comme « prendre une marche », traduction littérale de « to take a walk », ou « vente de garage », de l’anglais « garage sale ».

Ce français se distingue aussi du standard par l’utilisation de mots présents dans les dictionnaires, mais possédant un sens différent dans le langage courant des Québécois. On énumère entre autres « chauffer » (« conduire »), « liqueur » (« soda »), ou « écœurant » (« délicieux »). De plus, certains mots du français du Québec désignent des réalités exclusivement québécoises : « tuque », « tourtière », « cégep », « poudrerie »…

La langue française québécoise est pleine à craquer d’innovations langagières : « niaiseux », « s’enligner », « quétaine », « parlable », et d’expressions colorées comme « virer une brosse ». Vous comprendrez que ce ne sont pas des formules attestées dans les ouvrages grammaticaux!

Quel français pour les livres publiés au Québec?

Dans quelle mesure pourriez-vous vous permettre des écarts en prenant « maganée » à la place de « fatiguée », pour un roman dont le récit se déroule dans la province québécoise?

Il importe d’abord de connaître le public auquel vous vous adressez. Si votre livre paraît au Québec, utiliser ce français ou non reste à votre discrétion, tout dépend du ton de votre œuvre. Attention, toutefois, à la narration : un récit littéraire au « je » risquerait d’être bien vu une fois rédigé en français québécois, au contraire d’un roman au « il/elle ». Avec la première personne, vous pouvez ajouter du piquant à l’écriture en faisant utiliser à votre personnage ce type de français, sous prétexte que c’est lui qui s’exprime.

Ce n’est pas le cas pour la troisième personne; on considérera par conséquent tout ce qui s’éloigne du français standard comme une faute, sauf dans les dialogues et les monologues. Si vous composez au « je », veillez à avertir les réviseurs et les correcteurs afin d’éviter qu’ils relèvent les anglicismes ou les calques de l’anglais.

Que faire pour une publication hors du Québec?

Si votre roman est publié ailleurs dans la francophonie, par exemple en Belgique, l’enjeu, en fait, ne se trouve pas dans l’usage ou non du français québécois, mais dans la clarté que l’on met dans son application.

Si vous n’osez pas aller de l’avant avec ce français, vous pouvez choisir d’autres mots non fautifs. Plusieurs sites, dont Le grand dictionnaire terminologique, sans oublier le logiciel Antidote, vous aideront à déceler les expressions erronées qui s’écarteraient du français standard, puis à les remplacer.

Vous avez le droit d’employer du français québécois, à condition de vous assurer que les lecteurs non québécois vous suivent toujours. Nous vous conseillons d’avoir recours pour ce faire à des guillemets, à l’italique, à des appels de notes ou à un glossaire.

Pour conclure : devrions-nous « écrire notre accent » en privilégiant le français québécois ?

Personne ne peut répondre clairement à cette question, tant le sujet est nuancé. Le français standard reste l’idéal si l’on souhaite que tous les francophones nous comprennent. Toutefois, les subtilités des langues françaises ne devraient pas devenir une barrière au déploiement de votre style, au contraire. Il y a des moyens de se réapproprier le français et de s’affirmer en tant qu’auteur.e francophone, de garder vivante l’évolution de la langue plutôt que de la figer dans les règles immuables du français standard. Le roman demeure une œuvre de création : ce n’est pas une dissertation à remettre dans un français absolument parfait. C’est à vous de décider son style.

La langue, c’est l’identité et la richesse culturelle, une manière de célébrer les différences de la francophonie, de s’ouvrir aux échanges. Ne vous arrêtez pas à écrire seulement en français standard si ce n’est pas ce que vous désirez. Suivez votre intuition. N’hésitez pas à insérer des expressions originaires du Québec (sans verser dans l’abus pour qu’on vous saisisse!), question d’apprentissage pour vos lecteurs non québécois. Il s’agit surtout d’une manière d’afficher vos couleurs.

[1] Pour les exemples, des articles d’Érudit, le site Alloprof ainsi que des notes les cours Normes et usages du français — FRN 2119 et Les parlers français d’Amérique du Nord — FRN 2120, du baccalauréat en études littéraires de l’Université Laval, ont été consultés.

[2] Pauline Gravel, « Quel français standard? », dans Le Devoir, Le Devoir, [en ligne]. https://www.ledevoir.com/societe/408572/la-norme-du-francais-parle-au-quebec [Texte consulté le 9 novembre 2022].

[3] Pierre Calvé, « Une vision trop rigide, sclérosée, du français », dans Le Devoir, Le Devoir, [en ligne]. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/565136/une-vision-trop-rigide-sclerosee-du-francais [Texte consulté le 7 novembre 2022].

[4] « Achaler », dans Larousse, Larousse, [en ligne]. https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/achaler/659 [Page consultée le 6 novembre 2022].

[5] Monique Nemni, « Le français au Québec : représentation et conséquences pédagogiques », dans Revue québécoise de linguistique, volume 26, numéro 2 (« Représentation de la langue et légitimité linguistique : le français et ses variétés nationales »), 1998, p. 151-152.

[6] Julie Auger, Le français en Amérique du Nord. État présent [dir. Julie Auger, Deborah Piston-Hatlen et Albert Valdman], Québec, Les Presses de l’Université Laval, p. 53.

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