Connaissez-vous le signe de ponctuation qui permet de s’arrêter un instant, pour mieux reprendre son élan ? Il s’agit du point-virgule qui est, dit-on, un être hybride.

Ni point ni virgule, ce signe de ponctuation à valeur intermédiaire cumule deux fonctions : nous faire marquer un temps d’arrêt, l’espace d’un instant, puis nous projeter plus loin pour mieux nous permettre d’atteindre notre cible. Alors pourquoi certains souhaitent-ils le faire disparaître ? Qu’ont donc les mauvaises langues qui concluent hâtivement qu’il n’est plus d’intérêt général et qu’il devrait s’effacer devant la pragmatique des points – bien ronds, bien nets – et devant celle des pauses légères que sont les virgules?

Un point en forme de question à l’envers

Qui, de nos jours, voudrait faire l’éloge du point-virgule ? Une telle occupation, d’intérêt minuscule, ne saurait guère convaincre le vaste public électronique qui, de son poids numérique, se passe fort bien d’un signe de ponctuation que certains qualifient désormais de désuet… Et pourtant, le point-virgule en vaut la peine. Pour deux raisons

D’abord, parce qu’il est étrange de vouloir se priver d’un outil versatile qui peut tout à la fois nous faire réfléchir sur ce qui vient d’être énoncé, et nous obliger simultanément à poursuivre l’effort d’achever notre pensée, par ce point de bascule et de non-retour qui, perché en équilibre au milieu d’une phrase, vient tout à coup faire pencher la balance en faveur de la résolution d’une incertitude : « Je craignais qu’elle n’arrive en retard ; elle devança plutôt mes inquiétudes ».

D’autre part, le point-virgule permet d’unir les propositions d’une phrase, autant qu’il les sépare. Cette gymnastique contradictoire crée un mouvement binaire : blanc contre noir, haut versus bas, ce qui incite tout à la fois à comparer, à rapprocher ou à opposer des termes qui pourtant se complètent. En outre, le point-virgule évite la lourdeur d’une locution adverbiale telle que « tandis que » ; le constat qu’il formule ne laisse aucune équivoque : « Marie a les cheveux longs ; Juliette les porte courts et frisés ».

Lorsqu’on s’habitue à ne produire que des phrases brèves, strictes et fonctionnelles, à la cadence mécanique, il est peu de chances que l’esprit qui les inspire parvienne à s’envoler vers des cieux plus poétiques. Il n’est guère probable aussi que la nuance vienne effleurer un raisonnement logique, ou que celle-ci se serve du point-virgule pour hacher menu les termes de sa démonstration. Et pourtant…

À quoi sert au juste le point-virgule ?

Le point-virgule permet de lier – plutôt qu’il n’oppose – deux segments de phrase partageant un sens commun. Ce sont généralement de courtes propositions qu’il met en évidence, en soulignant l’enchaînement des idées et en précisant la portée de l’énoncé : « J’aime bien écrire le matin ; le soir, je préfère lire ».

Ainsi, le point-virgule marque-t-il une pause plus longue que la virgule, mais plus courte qu’un point. C’est là tout l’intérêt de sa respiration profonde, de sa cadence à deux foulées. En effet, il ne rompt pas le fil conducteur mais introduit, à la fin de la phrase, une forme de conclusion, tout comme la jambe gauche vient parachever le pas initié par la jambe droite… S’il fallait trouver une analogie avec son emploi en musique, on dirait qu’il permet tout à la fois l’appel et la résolution d’un accord.

Le point-virgule permet aussi d’éviter l’emploi d’un coordonnant ou d’un subordonnant. À la phrase « Pierre insistait pour jouer de la trompette, alors que Jean se contentait de la clarinette », il offre une alternative plus concise : « Pierre insistait pour jouer de la trompette ; Jean se contentait de la clarinette ». La lourdeur syntaxique une fois évincée, on reste marqué par la conclusion imperceptible de l’histoire : des deux musiciens, le narrateur semble souligner le choix plus modeste de Jean, ce qui est aussi une façon de marquer une discrète préférence sans avoir à l’exposer grossièrement. Ce type de nuance est infiniment précieux, d’où l’avantage de savoir utiliser le point-virgule à bon escient.

Le point-virgule comme outil technique

Sur un tout autre plan, le point-virgule a une autre fonction, quasi mathématique. Il permet d’énoncer les termes d’une succession de mots entre lesquels aucune préférence ne sera cette fois de mise. C’est là exactement l’inverse de son usage précédent !

Par la juxtaposition, l’énumération ou l’addition de mots qu’il met sur un même plan, le point-virgule entend classer, trier, et faire la somme des constats. Alors que dans le cas d’une énumération simple, il est d’usage d’employer la virgule : « Dans mon sac à dos, j’ai empilé des chemises, des pantalons, des chandails et des caleçons de rechange », le recensement d’items de catégories distinctes se fait par l’intermédiaire du point-virgule : « J’ai offert aux invités une suite de desserts : tartes, fruits, crèmes glacées ; j’ai aussi proposé plusieurs boissons : vins, jus, liqueurs ». Dans cet exemple, « desserts » et « boissons » constituent les catégories d’éléments distingués par le point-virgule, tandis que « tartes, fruits, crèmes glacées » et « vins, jus, liqueurs » constituent les sous-catégories de « desserts » et « boissons », également mis à la disposition des convives.

Avec le point-virgule, il devient donc plus facile de recenser les termes de nature technique ou scientifique : « Parmi les oiseaux, on distinguera les rapaces, tels que : les aigles, les faucons, les buses, qui volent à haute altitude ; et les volatiles, tels que : les poules, les dindons, les pintades, qui ne décollent pas ».

Ainsi, le point-virgule permet-il de classer les différents aspects et sous-aspects d’un genre, d’un mode ou d’une espèce ; il précise quels sont les termes génériques et les termes spécifiques. Il peut servir à dresser une liste verticale, si les items décrits sont de nature différente, ou une liste horizontale, si la mise en page l’exige.

Doit-on lui dire adieu ?

Tandis qu’à l’ère de la rédaction web, le point-virgule tend à disparaître, il semble au contraire essentiel de ne pas le perdre de vue. Ce signe qu’on appelait autrefois « période » rappelle qu’à chaque mouvement de phrase correspond une pause, et que la pensée, toute rationnelle soit-elle, préfère à la dispersion des possibles, le retour du balancier.

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