Le mythe de l’écrivain autosuffisant

On aimerait croire au mythe de l’écrivain inspiré, qui pond un chef-d’œuvre en une nuit d’illumination et dont l’éditeur impressionné par le génie ne retouche pas le texte d’une seule petite virgule. Or, la réalité est généralement autre, et l’auteur aurait tort de se croire autosuffisant alors qu’il peut s’adjoindre l’expertise de professionnels du milieu littéraire dont le mandat est précisément de l’accompagner dans la mise en valeur de son talent.

Le talent ne suffit pas

On peut l’observer de temps à autre, dans les forums de discussion ou sur les réseaux sociaux ; certains auteurs se disent convaincus que l’écriture nécessite un talent naturel qui ne saurait être enseigné. Selon eux, en matière d’écriture, il n’y a pas de méthode, pas de règle, pas de technique qui vaille. C’est à croire que l’auteur, pour être un écrivain « authentique », doit détenir une sorte de science infuse sinon s’avérer un parfait autodidacte.

Soulignons au passage que cette façon de concevoir l’acte d’écriture se révèle bien souvent l’apanage d’auteurs n’ayant pas expérimenté encore le travail éditorial sur le texte avec le soutien de professionnels du milieu littéraire. Pas étonnant, donc, qu’ils ne prennent pas la pleine mesure de ce que cette expertise pourrait leur apporter.

« En littérature, peu de gens sont capables de juger leurs propres ouvrages », déclarait Antoine Albalat, écrivain et critique littéraire français. Ce dernier n’était pas sans savoir qu’il manque au créateur le recul qui s’impose lorsque vient le temps de considérer, avec autant d’objectivité que possible, le degré d’achèvement d’une œuvre.

« En littérature, peu de gens sont capables de juger leurs propres ouvrages.»

Antoine Albalat

La crainte du formatage éditorial

Disons-le franchement, ce que redoutent les auteurs réfractaires aux professionnels de l’édition c’est bien souvent le formatage de leur création ; ils craignent de voir leur originalité brimée.

Or, c’est mal comprendre le rôle des professionnels du livre que de penser de la sorte. L’éditeur, par exemple, passe le plus clair de sa carrière à la recherche d’une « pépite d’or » à travers tous les manuscrits qu’il reçoit ; s’il en trouve une, ce n’est certes pas pour la dénaturer et la réduire à une matière sans valeur. Il cherchera au contraire à l’astiquer pour la faire reluire et briller de tous ses feux.

Maîtriser l’art d’écrire

Mais revenons un instant à l’indéniable point de départ de tout acte créateur digne d’intérêt : le talent. À celui-ci doit s’ajouter l’observation, puis la pratique, qui peu à peu devient expérience puis expertise. Dans cette logique, le talent ne saurait être que le fondement de cette dernière.

Certes, pour prétendre au titre de créateur, il convient de faire preuve d’un minimum d’autonomie, d’inventivité, d’originalité et d’aisance dans la pratique, mais pour déployer pleinement tout cela il faut connaître les bases de sa discipline.

L’écriture est un art, comme toute autre forme d’art ; si on peut enseigner et étudier la cuisine, la haute couture, la peinture, le dessin, la sculpture ou la musique, pourquoi ne pourrait-on pas enseigner et étudier l’art d’écrire ?

Surmonter les difficultés d’écriture

Les plus grands écrivains ont d’abord été de grands lecteurs, et c’est par la considération attentive du travail de leurs mentors qu’ils ont forgé leur esprit critique. Ils ont enchaîné ensuite avec la pratique de l’écriture elle-même, ponctuée d’essais et d’erreurs. L’expérience leur a appris à éviter les pièges de la facilité et à surmonter les difficultés d’écriture puis, en menant à bien le processus de publication de chacune de leurs œuvres, ils ont développé une plus grande conscience des mille et une exigences de leur métier.

Tout cela est bien loin, convenons-en, de la science infuse…

Écrire et publier est un art qui s’apprend ; pas forcément sur les bancs des universités, certes, mais à tout le moins par la fréquentation des rayons de bibliothèque et des professionnels du milieu littéraire.

L’écriture est un art, comme toutes autres formes d’art ; si on peut enseigner et étudier la cuisine, la haute couture, la peinture, le dessin, la sculpture ou la musique, pourquoi ne pourrait-on pas enseigner et étudier l’art d’écrire ?

Des expertises complémentaires

Pour bien comprendre en quoi les divers intervenants du milieu littéraire peuvent contribuer à bonifier la valeur d’un texte, observons sommairement quelques-uns des rôles les plus importants de cette chaîne de création.

Le rôle de l’écrivain

Le travail de l’écrivain consiste à concevoir, créer, approfondir, reconsidérer et peaufiner un texte jusque dans son fin détail.

L’auteur se spécialise, dirons-nous, dans l’acte de création lui-même.

Le rôle du conseiller littéraire

Celui-ci s’inscrit dans le prolongement de cette création. Le rôle du conseiller littéraire consiste à poser un regard extérieur sur le texte et à porter des éléments importants à la considération de l’auteur. Il amène le créateur à se remettre en question et à justifier la pertinence de ses choix ; autrement dit, il accompagne l’auteur dans sa réflexion créatrice en l’incitant à éprouver la valeur de son texte, à se dépasser toujours un peu plus lui-même et à tirer le meilleur de son talent.  

Le conseiller littéraire est un spécialiste de la littérarité du texte, c’est-à-dire que ses préoccupations sont essentiellement littéraires ; elles n’ont pas vraiment à voir avec les considérations de mise en marché dont l’éditeur, lui, doit cependant tenir compte.

Le rôle de l’éditeur

Le premier rôle de l’éditeur traditionnel, on le sait trop bien, consiste en la sélection de manuscrits. Une fois qu’il a porté son choix sur un texte et qu’il a convenu de la publication de celui-ci avec l’auteur, il amorce le travail éditorial qui se fera en étroite collaboration avec ce dernier. L’objectif étant de pousser plus loin encore la réflexion et le travail de perfectionnement avant d’en arriver à une version définitive qui permettra de transformer le manuscrit en livre et d’envisager sa mise en marché.

Là ne s’arrête pas le travail de l’éditeur, qui se prolonge au-delà de la publication, mais pour les besoins de ce billet résumons la chose en spécifiant que les interventions de ce dernier consistent à transformer un manuscrit en livre en passant par tout ce que cela comporte de considérations littéraires, matérielles, esthétiques, marketing, promotionnelles, etc. Bref l’éditeur est, comme son nom le mentionne on ne peut plus clairement, un spécialiste de l’édition.

Les limites de l’écrivain à tout faire

Lorsqu’un auteur prend conscience de la plus-value que peuvent représenter pour lui les connaissances et les compétences de professionnels du milieu littéraire, il réalise du même coup qu’il ne peut prétendre égaler à lui seul toute cette expertise.

Bien sûr, cela ne l’empêche pas de tourner le dos à l’édition traditionnelle — peu importe les motifs de cette décision — et d’opter pour un autre type d’édition, tel que l’autoédition ou l’édition à compte d’auteur, mais les considérations mentionnées ci-haut portent à une sérieuse réflexion. Plutôt que de prendre en charge toutes les étapes de la transformation de son manuscrit en livre, l’auteur conscientisé sera plus enclin à s’entourer de divers intervenants dont le professionnalisme l’aidera à assurer la qualité de son projet de publication.


Vous venez de terminer l’écriture d’un manuscrit et aimeriez retravailler celui-ci afin de l’amener à un niveau supérieur?

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