Violence sexuelle, suicide, automutilation, violence conjugale, maltraitance, troubles alimentaires, etc.Les avertissements de contenu, souvent désignés par l’expression anglaise trigger warnings, apparaissent de plus en plus souvent au début des romans. Cette pratique, autrefois rare dans le monde du livre, s’est répandue sous l’influence des communautés de lecteurs en ligne et des réseaux sociaux. Pour les auteurs, elle soulève plusieurs questions. Faut-il systématiquement ajouter des avertissements de contenu à un roman? Quels sujets devraient être signalés? Comment les formuler sans dramatiser? Et surtout, comment prévenir le lecteur sans lui révéler des éléments importants de l’intrigue? Il n’existe pas une formule universelle. Un bon avertissement de contenu doit avant tout être pertinent, précis et proportionné à ce que contient réellement le livre.
Qu’est-ce qu’un avertissement de contenu?
Un avertissement de contenu informe le lecteur qu’une œuvre comporte certains éléments susceptibles d’être éprouvants pour certaines personnes. Historiquement, les trigger warnings se sont développés dans les communautés en ligne afin que des personnes ayant vécu des traumatismes puissent savoir à l’avance qu’elles allaient être exposées à certains contenus.
Leur usage s’est ensuite étendu à différents domaines culturels, dont la littérature. Dans le milieu du livre, on rencontre aujourd’hui aussi bien les expressions « avertissement de contenu », « avertissement au lecteur » que content warning ou trigger warning. En français, avertissement de contenu constitue une formulation claire et facilement compréhensible.
L’objectif n’est pas de garantir qu’aucun lecteur ne sera bouleversé. Une œuvre littéraire peut déranger, émouvoir, provoquer ou confronter. Il s’agit plutôt de permettre au lecteur de savoir que certains contenus particulièrement sensibles sont présents et de décider lui-même s’il souhaite poursuivre sa lecture.
Quels sujets sensibles peut-on signaler dans un livre?
Il serait impossible de dresser une liste de tout ce qui pourrait heurter quelqu’un. Et ce n’est pas souhaitable. Si votre personnage perd son emploi, vit une rupture amoureuse ou se dispute avec sa mère, vous n’avez pas besoin d’en avertir votre lecteur.
Les avertissements sont surtout pertinents lorsque le livre contient des représentations explicites ou importantes de réalités potentiellement traumatiques : violence sexuelle, suicide, automutilation, violence conjugale, maltraitance d’enfants, troubles alimentaires, violence graphique ou encore certaines formes de discrimination brutales.
Le contexte compte également. Mentionner qu’un personnage s’est suicidé plusieurs années auparavant n’a pas le même poids qu’une scène décrivant une tentative de suicide. Une agression sexuelle évoquée indirectement n’est pas équivalente à une scène détaillée. Avant d’ajouter un avertissement, demandez-vous donc non seulement quel sujet est présent, mais aussi quelle place il occupe et avec quel degré d’explicitation il est représenté.
Comment rédiger un avertissement de contenu?
La règle la plus utile est la simplicité. Un avertissement n’a pas besoin d’être dramatique, moralisateur ou détaillé. Il doit transmettre suffisamment d’information pour que le lecteur puisse prendre une décision éclairée.
Voici, par exemple, une formulation générale pour un roman abordant la violence conjugale :
Avertissement de contenu : ce roman contient des scènes de violence conjugale et de violence psychologique qui pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs.
Pour un roman comprenant une agression sexuelle :
Avertissement au lecteur : ce récit aborde la violence sexuelle et contient une scène d’agression sexuelle. Nous invitons les lecteurs sensibles à ce sujet à en tenir compte avant d’entreprendre leur lecture.
Dans un roman qui aborde le suicide et l’automutilation, on pourrait plutôt écrire :
Avertissement de contenu : ce roman aborde le suicide, les idées suicidaires et l’automutilation. Certains passages peuvent être éprouvants pour les personnes sensibles à ces sujets.
Enfin, lorsqu’un livre comporte plusieurs contenus sensibles, il est possible de rester très sobre :
Ce roman contient des représentations de violence physique, de violence sexuelle, d’automutilation et de troubles alimentaires. Nous recommandons aux lecteurs sensibles à ces sujets d’en tenir compte avant leur lecture.
L’important est d’éviter les formulations vagues du genre « Ce livre pourrait choquer certaines personnes ». Cela ne renseigne pas le lecteur. S’il y a un avertissement, mieux vaut nommer clairement ce dont on l’avertit.
Comment éviter les divulgâcheurs dans un avertissement ?
C’est l’une des principales difficultés. Imaginons qu’un personnage se suicide au milieu du roman et que cet événement constitue un retournement majeur. Inscrire « suicide » sur la première page peut révéler une information que l’auteur souhaitait préserver.
Une solution intéressante consiste à donner le choix au lecteur. Au début du livre, vous pourriez simplement indiquer :
Ce roman comporte certains contenus susceptibles d’être éprouvants. Une liste détaillée des avertissements de contenu se trouve à la fin de l’ouvrage pour les lecteurs qui souhaitent la consulter.
À la fin du livre, vous pourrez alors préciser les sujets concernés. Cette méthode permet aux lecteurs qui souhaitent être avertis de l’être, tandis que ceux qui préfèrent découvrir l’histoire sans aucune indication peuvent commencer leur lecture.
Avertissements en autoédition et en édition traditionnelle
En autoédition, la décision appartient à l’auteur-éditeur. C’est donc à lui d’évaluer la pertinence d’un avertissement et de déterminer son emplacement et sa formulation.
En édition traditionnelle, la situation est différente. La maison d’édition possède sa propre ligne éditoriale et ses propres pratiques. Certaines utilisent régulièrement des avertissements de contenu, d’autres beaucoup moins. La décision peut donc être discutée avec l’équipe éditoriale plutôt que prise uniquement par l’auteur.
Dans les deux cas, il faut éviter d’utiliser les avertissements comme une simple liste automatique. Copier une liste interminable de sujets parce qu’on les a aperçus quelque part sur Internet risque de vider la pratique de son sens. L’avertissement doit correspondre au contenu réel du livre.
Un avertissement ne remplace pas le travail éditorial
Il faut éviter un autre piège : croire qu’un avertissement justifie n’importe quel traitement littéraire d’un sujet sensible. Écrire « violence sexuelle » au début d’un roman ne dispense pas l’auteur de réfléchir à la manière dont cette violence est représentée.
Lorsqu’un manuscrit traite du suicide, de l’automutilation, de la violence sexuelle, des troubles alimentaires ou d’autres réalités délicates, un véritable travail éditorial demeure nécessaire. Selon le sujet, il peut être pertinent de faire appel à un lecteur spécialisé ou à une personne possédant une connaissance approfondie de la réalité représentée. L’avertissement informe le lecteur. Il ne garantit pas la qualité ni la justesse du traitement du sujet…
Informer le lecteur sans décider à sa place
Les avertissements de contenu ne sont ni une obligation ni une atteinte à la liberté de création. Ils constituent un outil supplémentaire à la disposition des auteurs et des éditeurs. Lorsqu’ils sont pertinents, leur fonction est assez modeste : donner au lecteur une information qui lui permettra de décider lui-même comment, quand ou même s’il souhaite aborder certains contenus.
La meilleure pratique reste donc celle du discernement. Identifiez les éléments réellement sensibles de votre manuscrit, évaluez leur importance et leur degré d’explicitation, choisissez une formulation sobre et précise et, lorsque l’avertissement risque de révéler une partie importante de l’intrigue, donnez au lecteur la possibilité de consulter les détails ailleurs.
Un bon avertissement de contenu donne au lecteur les informations nécessaires pour choisir sa lecture en connaissance de cause.
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