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De la nécessité d’une littérature autochtone

Après avoir subi pendant longtemps la répression colonisatrice — quoique faisant encore aujourd’hui l’objet de préjugés et de discrimination —, quelques voix autochtones émergent ici et là afin de témoigner, par le recours à la littérature, du drame des Premières Nations et revendiquer une identité qui, après avoir été bafouée, mérite d’être exposée avec fierté.

Une culture méconnue

Selon Michel Noël, ethnologue métis d’origine algonquine, également romancier, conteur, poète et dramaturge québécois, la littérature autochtone permet de faire découvrir cette population, de raconter son histoire et de faire découvrir leurs valeurs, leurs croyances, ce qui les motive et les inspire. « J’écris essentiellement sur les cultures des Premières Nations et leur patrimoine, dit-il, car ces cultures sont des “coffres aux trésors” qui recèlent des richesses inouïes, mais malheureusement inconnues. »

Dire et revendiquer son identité

Marie Christine Bernard, qui enseigne la littérature au cégep d’Alma, travaille de son côté depuis plusieurs années avec des Amérindiens et se passionne pour cette culture. Selon elle, ce qui définit la littérature autochtone tient pour beaucoup à la question de l’identité :

« C’est une littérature qui se revendique d’exister, tant on a imposé longtemps le silence à ces voix. Il y a le besoin de dire cette identité, d’où elle vient, ce qu’elle est aujourd’hui, dans toute sa complexité et sa modernité. Et évidemment, il y a le poids de la colonisation, du colonialisme encore présent, les plaies encore ouvertes du génocide. »

Madame Bernard tient toutefois à souligner que la littérature autochtone ce n’est pas que ça : « Il y a aussi une volonté de dire le beau, le grand, le doux et l’humour, cet humour si particulier qui illumine tout de grands éclats de rire. »

Une littérature en émergence

Cette littérature émerge et il convient de s’intéresser à son évolution au cours du dernier siècle. Marie Christine Bernard affirme que depuis une vingtaine d’années un vrai courant littéraire autochtone s’installe : « Des voix de femmes surtout, mais également des voix d’hommes. Innus, Wendat, Atikamekw, Anicinabe, etc., écrivent de la poésie, des essais, des romans, du théâtre. En français, en anglais et dans les langues de chacune des 11 nations du Québec, plus les Inuits. Ils parlent d’eux, de qui ils sont, de ce qu’ils sont devenus, mais aussi de questions universelles. Ils sont diffusés (mémoire d’encrier, Hannenorak), lus, entendus, vus. »

On peut toutefois se demander quel est l’espace qu’occupe actuellement la littérature autochtone dans le paysage littéraire québécois. Il semblerait que celle-ci soit de plus en plus diffusée et recensée, et qu’on lui octroie plus de place dans le corpus des ouvrages étudiés dans les écoles.

« Cette place est essentielle, souligne Marie Christine Bernard, parce que ces œuvres portent sur notre société un regard que seuls ces auteurs peuvent poser. » On peut aisément comprendre, en effet, que le seul le peuple colonisé saurait témoigner en toute légitimité des enjeux et des ravages de la colonisation tels que vécus par les communautés autochtones.  

L’ironie de la situation

Ce qui est toutefois curieux, quant à l’expression littéraire des Premières Nations, est que les écrivains des communautés autochtones soient contraints de s’exprimer dans une langue qui n’est pas la leur.

« Comme le colonisateur n’a pas jugé bon d’apprendre leurs langues, ces auteurs sont forcés, pour être lus, d’écrire dans celles qui leur ont été imposées de force. Pour dire leur histoire, ils doivent utiliser une langue qu’on leur a rentrée dans la gorge à coup de lavage de bouche au savon, de coups de règle, de punitions iniques et d’abus de toutes sortes dans les pensionnats. » s’exclame l’enseignante de littérature.

L’enseignement d’une sagesse ancestrale

Pour l’écrivain Michel Noël, on a tout à gagner à découvrir ces cultures et écouter ce qu’elles ont à dire, car elles ne font pas que témoigner de leur drame, mais elles promeuvent également des valeurs que l’on aurait collectivement intérêt à adopter.

« Ces cultures traditionnelles contiennent des modèles de vie et de relations avec la nature qui peuvent nous servir d’exemple pour sauver la planète sur laquelle nous vivons. Elles nous connectent avec le sacré : le vent que l’on respire, l’eau que l’on boit et qui nous purifie, la nourriture que l’on mange et nous donne la vie, la Terre mère que l’on touche de nos mains, le chant des oiseaux et des ruisseaux que l’on entend et qui nous enchante, les arbres à qui l’on parle, les hommes et les femmes qui sont tous nos frères et nos sœurs. »

Le danger de l’appropriation culturelle

Avec les différents scandales qui ont éclaté ces dernières années sur la place publique, les auteurs qui s’intéressent aux Premières Nations, mais qui n’en sont pas eux-mêmes issus ont de quoi avoir l’impression de marcher sur des œufs ; leur faut-il oublier cette thématique sous peine de s’attirer des foudres ?

À ce sujet, Marie Christine Bernard reconnaît que la situation peut être délicate, elle pense toutefois qu’il y a des nuances à faire. « Lorsqu’on s’approprie des éléments de l’identité d’un peuple que notre propre peuple a colonisé et domine toujours dans un but d’amusement (costumes, coiffes) ou de profit (noms de marques, mascottes, logos…), c’est de l’appropriation. D’autant plus que ces éléments de culture ont été interdits, profanés, bafoués durant si longtemps. Cependant, écrire un roman, c’est plus particulier. On est toujours en imposture : écrire de la fiction, c’est nécessairement raconter une histoire qui n’est pas la sienne. »

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