Une fois votre manuscrit expédié chez des éditeurs, vous voilà submergé par l’impatience ou l’inquiétude, à défaut d’être submergé de réponses. Il existe des maisons d’édition qui ne donnent aucune nouvelle, positive ou négative, après la réception de votre œuvre. Vous avez beau mettre votre courrier sens dessus dessous, actualiser votre boîte de réception, consulter pour la centième fois vos pourriels « au cas où »… Aucune réponse ne s’affiche ni parmi vos lettres ni parmi vos courriels. Impossible de connaître le verdict des éditeurs. Que cache ce silence, souvent frustrant ? Vous voilà tenté de passer par-dessus le silence en relançant les éditeurs « muets » ; cependant, ce geste est-il convenable dans le milieu de l’édition ?
Pour comprendre ce qui se joue derrière ce silence, énumérer les pour et les contre de la relance, Le pigeon décoiffé a recueilli les propos de l’écrivain, directeur littéraire de la collection Alinéa (des Éditions Druide) Alain Beaulieu.
Quel est le délai de réponse des éditeurs ?
Le fameux temps d’attente anxiogène entre l’envoi de votre texte et le verdict diffère d’un éditeur à l’autre. Comme le déclare Alain Beaulieu, « […] chaque maison a son calendrier et ses échéanciers » propres à elle. Aucun éditeur ne fonctionne de la même façon.
Si l’on avance que le délai avant d’obtenir une réponse est généralement de deux à six mois[1], voire de trois à six mois[2], ou environ six mois pour un auteur inconnu, cela peut s’avérer plus variable. Étant donné que ce sont des moyennes, et non des calculs précis, un message peut atterrir dans votre boîte de réception au-delà de six mois ou avant deux mois. Certains éditeurs prennent jusqu’à une année complète avant de se prononcer sur une œuvre.
Ce délai est modulé sur d’autres facteurs que l’on oublie dans notre hâte : la longueur du livre, le nombre de personnes dans un comité de lecture, le nombre de comités de lecture ou la période de l’année. Monsieur Beaulieu affirme que le fonctionnement de la maison d’édition joue sur le délai. « Il faut garder à l’esprit que tous les cas de figure se voient dans ce domaine », fait-il savoir, tout en partageant quelques exemples :
- un manuscrit accepté par l’éditeur dès son arrivée, dans le cas d’un coup de cœur ;
- un livre soumis d’abord à un comité de lecture, lequel le recommande à l’éditeur, qui à son tour prend une décision (ce qui génère un plus long processus d’attente pour l’auteur) ;
- une œuvre que l’on propose au comité de lecture et qui est refusée en quelques mois ;
- une histoire que l’éditeur a aimée, mais sur laquelle il reste trop de travail concernant l’écriture.
Pourquoi les éditeurs tardent à livrer leur verdict ?
Peu importe le fonctionnement de la maison d’édition où vous avez envoyé votre roman, la réponse peut se pointer le bout du nez des mois plus tard. Une fois l’accusé de réception entré, l’adresse courriel de l’éditeur disparaît de votre boîte de messages électroniques, et votre espoir aussi. Pourquoi, comme le soulève Alain Beaulieu, « […] certaines maisons d’édition, pour toutes sortes de raisons, louables ou pas, ne consacrent pas les efforts qu’il faut pour répondre aux auteurs dans des délais raisonnables » ?
Votre manuscrit, d’abord, n’est pas seul dans la maison. L’éditeur, ce magicien censé transformer votre espérance en joie ou en déception, a déjà d’innombrables tâches qui l’attendent au détour de la lecture de nouveaux textes. On peut parler du suivi des dernières ventes, de la préparation de la prochaine saison littéraire, du traitement des retours et des invendus, de la vérification d’épreuves[3], des projets à terminer ou des manuscrits plus urgents à feuilleter. S’il s’agit de votre premier roman, accrochez-vous : l’éditeur a peu de temps à accorder aux manuscrits des nouveaux auteurs[4].
Même si un livre peut plaire à une maison, celle-ci gère donc d’autres priorités avant de manifester son intérêt à l’auteur, ce qui étire le délai. Le monde éditorial n’est pas le même que notre temps à nous, il va jusqu’à avoir son propre espace-temps.
Une autre raison reste que la quantité d’ouvrages à évaluer repousse le temps de réponse. « […] [V]u […] les moyens souvent restreints des maisons d’édition en termes de ressources, la gestion des manuscrits est un défi pour plusieurs d’entre elles, sachant que plusieurs ont diminué le nombre de publications annuelles, ce qui veut dire plus d’appelés pour moins d’élus », explique Alain Beaulieu, qui désapprouve, malgré cela, la « lenteur » des éditeurs : « Les bonnes pratiques veulent que les auteurs reçoivent un accusé de réception lors du dépôt de leur manuscrit, puis une réponse dans [un] délai raisonnable. »
Doit-on relancer les éditeurs ?
En-dehors d’un verdict trop long, nous devrions nous attendre à un silence total de la plupart des éditeurs[5], à la probabilité d’obtenir rarement des réponses[6]. Vous pourriez avoir envie, dans votre hâte, de repousser ce silence décourageant en vous enquérant auprès d’une maison d’édition pour savoir ce qu’il en est au sujet de votre livre.
Alain Beaulieu croit que la relance des éditeurs est possible, et même louable : « […] [I]l est normal qu’un auteur relance l’éditeur […] s’il n’a pas eu de nouvelles. Ce n’est pas mal vu et cela permet de donner l’heure juste à l’auteur sur les avancées du processus. » La relance peut devenir utile pour s’assurer si une absence de réponse veut dire que votre œuvre a été refusée, ou encore que l’éditeur, trop occupé, n’a pas eu le temps d’y jeter un œil. Votre texte, de plus, a-t-il été bien reçu ? Ne l’aurait-on pas oublié sous une pile de manuscrits ?
La relance d’un éditeur, surtout, peut s’avérer pratique pour savoir si vous devriez soumettre ailleurs votre manuscrit (dans le cas d’un refus d’éditeur). Cela vous éviterait que le silence vous bloque dans vos démarches de publication.
Relancez les éditeurs… avec parcimonie !
Même si d’aucuns diront que c’est inutile de relancer les maisons, que les éditeurs, trop occupés, n’aiment pas se faire écrire, ne vous arrêtez pas à ces affirmations.
Après trois mois sans nouvelles d’une maison d’édition, on peut se permettre de contacter une maison silencieuse[7], pourvu que vous preniez le temps de relire son accusé de réception. Si celui-ci mentionne : « Si vous n’obtenez pas de réponse d’ici X mois après cet accusé de réception, cela signifie que votre manuscrit n’a pas été retenu », et que le délai inscrit est largement dépassé, nous vous conseillons de ne pas aborder l’éditeur. Même chose, évidemment, s’il y est indiqué que la maison demande à ne pas être relancée. Visitez le site Web de l’éditeur, parcourez leur foire aux questions, là où l’on pourrait énoncer d’autres consignes lors de la soumission d’un manuscrit. Si vous n’avez pas reçu d’accusé de réception de la part d’un éditeur, contactez-le.
Le monde de l’édition est complexe ; cela ne signifie pas que vous devriez vous abstenir de relancer les maisons. C’est du cas par cas : chaque éditeur, en rapport à la relance, a son opinion, et il existe un temps minimal d’attente pour joindre une maison. Ne le faites pas trop tôt ! N’oubliez pas que votre texte n’est pas seul dans cette maison.
Relancez brièvement l’éditeur. Alain Beaulieu nous recommande un courriel dans lequel on reste poli, naturel. Sur des forums d’auteurs, on parle de rédiger un message affichant clairement le titre du manuscrit ainsi que la date à laquelle vous l’avez envoyé.
Si une poignée de personnes suggèrent de laisser tomber en cas de nouveau silence malgré une relance, monsieur Beaulieu a un autre avis : après un courriel lui aussi sans réponse, il est possible de téléphoner à l’éditeur, sans montrer d’insistance, d’impatience ou d’impolitesse. Bref, à vous de choisir.
Enjambez le silence des éditeurs
Le silence des maisons d’édition après l’envoi d’une œuvre est certes fâchant, mais courant, que ce soit à cause des tâches des éditeurs ou de l’abondance des manuscrits à évaluer. Si vous décidez de relancer un éditeur, vous devriez utiliser judicieusement cette démarche, entre autres en laissant passer du temps avant de lui réécrire.
Mais ne vous arrêtez pas aux silences. Continuez à avancer. En attendant les réponses, en attendant de savoir s’il vaut la peine ou pas de relancer les maisons, occupez-vous. Composez d’autres textes, ou profitez de ce laps de temps pour améliorer votre bébé de papier.
N’attendez pas les réponses tardives pour le faire parvenir ailleurs : si vous poursuivez les envois entre-temps, vous augmenterez plus vite vos chances de publication. Vous pouvez l’expédier à quelques éditeurs à la fois, pas juste à un seul. Vous finirez, quelque part, par obtenir une réponse. En espérant qu’elle soit positive !
Durant vos attentes, après vos relances, apprenez à lâcher prise. Oui, c’est difficile, et même angoissant et décourageant ! Toutefois, l’écriture n’est pas uniquement une question de talent, de passion ou de confiance : la patience y compte pour beaucoup. C’est ce qui fait la complexité de cet art.
[1] Nadège Devaux, Guide de l’écrivain et du scénariste, Les Éditions du CRAM, 2011, p. 147.
[2] Geneviève de La Bretesche et Françoise Pelissier, Comment se faire publier, Éditions 365, « Le cercle des écrivains », 2011, p. 118.
[3] Ibid., p. 119.
[4] Ibid.
[5] Pascal Perrat, Comment écrire son premier roman, Éditions 365, « Le cercle des écrivains », 2011, p. 218.
[6] Ibid., p. 206.
[7] Geneviève de La Bretesche et Françoise Pelissier, op. cit., p. 118.
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