La réécriture vous décourage?

Une fois l’écriture de votre roman achevée, vous éprouvez l’envie de célébrer cet accomplissement. Cela se comprend bien quand on connaît le nombre d’heures que vous avez dû investir dans l’avancement de celui-ci ainsi que la discipline qu’il vous a fallu déployer pour y parvenir. Mais qu’à cela ne tienne, ne sabrez pas trop vite le champagne; au risque de vous décourager, il convient de souligner que le travail… ne fait que commencer.

Le premier jet d’un texte n’en constitue en fait que le squelette. Ensuite vient le moment de lui rajouter de la chair autour de l’os. Vous le trouvez déjà bien dodu, votre manuscrit? Eh bien dans ce cas il faudrait voir s’il ne comporte pas quelques passages peu utiles ou moins bien réussis qui, une fois supprimés, permettraient d’alléger votre texte, d’assurer une plus grande efficacité narrative et, par le fait même, le mettre en valeur. À la suite de ce travail d’élagage viendront les petites coquetteries stylistiques et autres ajustements textuels, c’est-à-dire la touche finale.

Laisser mûrir à point

L’auteur qui vient de terminer le premier jet de son roman, ou d’une part importante de celui-ci, éprouve la satisfaction propre au travail accompli. Au moment de se relire, s’il lui est donné de pouvoir apprécier les effets d’une narration bien réussie, il lui est aussi donné de percevoir les failles de son ouvrage. Ce regard nouveau sur l’écriture en cours, il le doit au recul plus ou moins long imposé par l’avancement de son travail. Le temps qui s’est écoulé entre l’écriture et la relecture lui a permis de percevoir le résultat sous un autre angle, avec un œil différent. Il est dès lors en mesure de perfectionner ce qui doit l’être. Les bénéfices de ce regard sans cesse renouvelé se manifestent à chaque relecture; à chaque fois que l’auteur se relit, il perçoit les faiblesses qu’il n’avait pas perçues précédemment. Il doit donc répéter l’opération à plusieurs reprises pour s’assurer de fignoler le tout. Or, à force de relecture, la vue s’embrouille… et vient un moment où il n’est plus possible d’y voir clair. La confusion s’installe dans son esprit, entraînant parfois de mauvais choix.

Rien ne vaut la mise en jachère d’un manuscrit pendant quelques jours, quelques semaines, voire même quelques mois afin de retrouver ce regard aiguisé, nécessaire à l’esprit critique. Le temps impose sa dictature, on ne peut pas lui échapper; il faut le laisser faire son œuvre.

Une chose à la fois!

L’auteur qui fait l’expérience de la réécriture réalise tôt ou tard qu’il s’avère difficile de travailler en même temps plusieurs aspects du texte, ce pour quoi il peut se sentir dépassé par la tâche qui se dresse devant lui avec des allures de montagne infranchissable. Il vaut mieux repasser sur le texte par segments, et par couches successives, afin de maximiser ses efforts.

En se fixant des objectifs graduels, il devient plus motivant de progresser dans la réécriture. On pourrait, par exemple, assurer une première relecture de chaque chapitre afin d’en supprimer les longueurs, une seconde relecture permettrait quant à elle de préciser ce qui doit l’être, ou encore de porter une attention particulière aux dialogues, une suivante porterait sur le style, etc.

Bref, il revient à chaque auteur de déterminer les priorités en fonction des exigences du manuscrit en cours de peaufinage. En gravissant la montagne une étape à la fois, l’auteur sera récompensé d’un profond sentiment de satisfaction lors de chaque échelon gravi en direction du sommet. Si jeter un œil vers l’avant peut parfois décourager, regarder vers l’arrière permet de constater le progrès réalisé et d’y puiser la motivation nécessaire à la poursuite de l’objectif.

Vingt fois sur le métier…

On oublie trop souvent de souligner que, si la qualité première d’un auteur est de savoir bien raconter une histoire, les suivantes — et néanmoins quasi aussi importantes — consistent en les qualités de constance et de persévérance dont il doit faire preuve. Écrire exige du temps. Beaucoup de temps. Et réécrire n’en demande pas moins. C’est à force de passer et repasser sur un texte qu’on en vient à le perfectionner.

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse, et le repolissez. Ajoutez quelquefois, et souvent effacez », disait Boileau. À force de détermination, vos efforts seront récompensés. C’est à ce prix que l’on devient écrivain.

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