Écrire sous pseudonyme : ce qu’il faut savoir

Vous envisagez la possibilité de publier une œuvre littéraire sous le couvert de l’anonymat en utilisant un pseudonyme ? Des raisons qui peuvent motiver ce choix aux conséquences légales que cela implique, apprenez-en plus à ce sujet.

Merci aux auteurs Sara Agnès L., Daniel Sernine, Francine Pelletier, Yves Maynard, Corinne de Vailly, Sonia Alain, Marie Gray et Sylvie-Catherine de Vailly d’avoir si gentiment accepté de répondre à nos questions.

Pourquoi opter pour un nom de plume ?

Pour protéger sa vie privée, pouvoir s’exprimer plus librement ou encore se distancier d’un homonyme et éviter les confusions auprès du public : les raisons qui peuvent motiver un auteur à utiliser un nom d’emprunt sont nombreuses.

Dans un premier temps, il faut mentionner que, bien que la plupart des auteurs qui choisissent d’écrire sous pseudonyme le font dans un but d’anonymat, certains choisissent d’utiliser un autre nom et d’assumer ouvertement ce nom de plume dans l’espace public. C’est notamment le cas de Nelly Arcan, née Isabelle Fortier, qui avait adopté un pseudonyme pour sa carrière littéraire, mais en ne cachant pas pour autant son identité réelle au public. Même chose pour Marie Gray, auteur érotique québécoise bien connue, qui a toujours assumé publiquement son identité malgré son choix d’écrire sous un nom de plume.

L’auteur érotique Sara Agnès L. nous mentionne que pour elle, « écrire, c’est une chose, mais publier en est une autre. Ça implique toujours ceux qui sont autour de nous ». C’est pour préserver l’anonymat de ses proches et distancier sa carrière professionnelle en enseignement de son travail d’auteure qu’elle a choisi de publier sous un nom d’emprunt.

Pour Sylvie-Catherine de Vailly et Corine de Vailly, l’écriture sous pseudonyme leur a permis de créer une séparation entre leurs publications de romancière et d’auteure de guides pratiques. C’est donc pour elles une façon efficace de séparer deux champs d’écriture. Pour Sylvie-Catherine, cela permet d’établir clairement que la rédaction d’un guide pratique est un contrat, une commande envers laquelle elle n’a pas d’attachement particulier.

Se prendre au jeu de l’anonymat

Pour Francine Pelletier, la décision d’écrire sous un autre nom d’auteure venait tout d’abord d’une demande de son éditeur, afin de distancier ses œuvres de celles d’un autre auteur qui écrivait dans le même genre avec un nom semblable. Elle y a toutefois pris goût, puisque cela lui permet de s’exprimer comme elle n’avait jamais osé le faire auparavant : « C’est devenu un jeu amusant (…). C’est moi qui ai insisté pour continuer l’expérience, puisque ça m’amuse beaucoup. Je n’écris pas de la même manière. »

Même son de cloche du côté de l’auteur Daniel Sernine : « À mes yeux, cela s’inscrivait dans le rôle d’écrivain, au moment où je soumettais mes premières nouvelles à un fanzine fantastique. Cela faisait partie du jeu, au même titre que la chandelle allumée ou le fait d’écrire la nuit. »

Les avantages de l’écriture sous nom d’emprunt

Pour la vaste majorité des auteurs avec qui nous nous sommes entretenus, l’avantage premier du pseudonyme est de permettre une plus grande liberté dans l’écriture. Selon Sara Agnès L., cela permet, notamment, de faire taire nos voix intérieures qui se disent : « Mais que va penser mon entourage si j’écris cela? ».

Pour Francine Pelletier, les avantages sont également du point de vue créatif : « Le pseudonyme m’a obligée à me trouver une autre voix, un autre style, une autre plume. Ç’a été rafraîchissant, un peu comme si je retournais en arrière et redevenais une auteure débutante. »

Daniel Sernine nous mentionne également que le pseudonyme peut être un avantage « pour un auteur voulant débuter une nouvelle carrière dans un genre qu’il n’avait pas encore abordé, ou qui exercerait une profession « sérieuse » et ne voudrait pas que ça se sache (…), ou encore pour contourner une entente d’exclusivité avec un éditeur. »

Comment choisir son pseudonyme ?

Quand vient le temps de choisir son nom de plume, il n’y a évidemment pas de recette miracle. Dans un premier temps, il faut s’assurer d’être à l’aise avec l’image que le nom évoque. Certains noms peuvent avoir une connotation particulière dans l’imaginaire du grand public, sonner vieux, jeune, exotique ou encore trop commun. De plus, il vaut mieux choisir un pseudonyme qui est agréable à l’oreille, c’est-à-dire qui « sonne bien ».

N’oubliez pas que le pseudonyme que vous choisirez sera en lui-même un outil marketing, au même titre qu’une page couverture !

Plusieurs auteurs interrogés mentionnent avoir choisi leur pseudonyme pour rendre hommage à des personnalités publiques ou des personnages qu’ils aiment. Ce sont de petits clins d’œil significatifs pour eux-mêmes, mais dont le sens réel échappe au grand public.

Daniel Sernine nous explique la réflexion derrière son choix : « Sernine était un des alias d’Arsène Lupin, mon personnage littéraire favori à l’époque. Quant au prénom, c’était à cause de la chanson « Daniel » d’Elton John, une de ses plus belles jusque-là. »

Certains écrivains ont choisi de rendre hommage à des ancêtres, alors que d’autres ont opté pour un nom pratique selon le public auquel était destiné une œuvre, par exemple un nom de famille qui sonne anglais pour un livre destiné au marché anglophone.

Écrire sous son vrai nom a aussi du bon

Bien qu’écrire sous pseudonyme puisse être avantageux dans plusieurs situations, il ne faut pas non plus oublier que cela vient avec son lot de désagréments. L’auteure Sonia Alain s’est longtemps questionné à savoir si elle publierait ses romans érotiques sous pseudonyme ou pas. Elle a finalement choisi de s’assumer pleinement et a opté pour son véritable nom, puisqu’elle aurait trouvé dommage de ne pas pouvoir assurer le côté promotionnel du livre. En théorie, il serait possible de le faire si on dévoile au public sa véritable identité, mais ce ne sont pas tous les auteurs qui souhaitent le faire. Écrire sous pseudonyme est une réalité qu’il faut assumer sur le long terme puisque les ouvrages, une fois publiés, s’inscrivent dans l’espace public de manière définitive.

Du côté pratique, la publication sous pseudonyme peut devenir une tâche complexe : chèque émis au mauvais nom, contrat rédigé au nom du pseudonyme, marketing plus difficile pour la maison d’édition, etc. Les anecdotes de ce genre sont légion parmi les auteurs interrogés.

Conséquences légales

Du point de vue légal, que vous optiez pour un pseudonyme ou pas, sachez que vous resterez en possession de vos droits d’auteur. C’est donc dire que toute personne souhaitant reproduire, présenter, adapter ou modifier votre œuvre ou une partie de votre œuvre devra tout d’abord obtenir votre autorisation[1].

Le choix d’écrire sous pseudonyme est une décision personnelle qui peut s’avérer une solution avantageuse dans bien des cas, mais qui ne vient pas sans désavantages. À vous de peser le pour et le contre afin de déterminer si c’est une solution qui peut convenir à votre situation.


[1] https://www.copibec.ca/fr/nouvelle/340/pseudonyme-ce-qu-il-faut-savoir

publier sous pseudonyme

Vous avez terminé la rédaction d’un manuscrit? Obtenez les conseils d’un professionnel qui saura vous guider dans le perfectionnement de celui-ci.


Categories ÉcritureTags ,,

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close