Lorsque vous écrivez une fiction, vos personnages deviennent les voix à travers lesquelles vos lecteurs perçoivent le monde. Le choix de qui parle, à qui, et de quoi, n’est jamais anodin. Sans même en avoir conscience, vous pouvez reproduire des déséquilibres qui existent dans la société, notamment une surreprésentation masculine ou une vision réductrice des femmes.
Le test de Bechdel-Wallace, imaginé dans les années 1980 par la dessinatrice Alison Bechdel (et inspiré d’une idée de son amie Liz Wallace), a pour but d’interroger la place des personnages féminins dans une œuvre. Il ne mesure pas la qualité littéraire d’un texte, mais il soulève une question essentielle : les femmes ont-elles une véritable existence narrative en dehors de leur rapport aux hommes ?
Les trois critères du test
Une œuvre « réussit » le test si :
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Elle contient au moins deux personnages féminins identifiés (avec un nom ou une identité claire) ;
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qui échangent ensemble ;
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et qui parlent d’un sujet autre qu’un homme (un projet, une idée, une expérience, un conflit, une amitié, un rêve, etc.).
Cela peut sembler minimaliste. Pourtant, un nombre surprenant de romans, films et pièces de théâtre échouent à ces trois simples critères.
Pourquoi cela pose un problème
L’échec au test révèle souvent que :
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les personnages féminins sont peu nombreux ou relégués à des rôles secondaires ;
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leurs conversations tournent presque exclusivement autour de leur relation amoureuse ou de la figure masculine centrale ;
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elles existent surtout en fonction du parcours, des désirs ou des dilemmes des hommes de l’histoire.
Ainsi, un récit peut sembler riche en personnages féminins, mais si ces derniers n’interagissent jamais entre eux ou ne parlent que des hommes, cela signale un déséquilibre qui réduit la portée de leur présence.
Les limites du test
Il est important de rappeler que le test de Bechdel-Wallace n’est ni une garantie de qualité, ni une règle absolue.
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Une œuvre peut réussir le test tout en véhiculant des clichés sexistes.
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Une œuvre peut échouer au test tout en proposant un portrait féminin complexe et marquant (par exemple, si elle se concentre sur une seule héroïne forte et bien construite).
Le test n’est donc pas une fin en soi, mais un outil de diagnostic rapide pour vous amener à réfléchir à la représentation que vous offrez à vos personnages féminins.
Exemples
Échec au test :
Dans certains romans policiers, on trouve une galerie de personnages féminins… mais leurs conversations portent toujours sur le héros masculin, son charisme, ses méthodes ou leur attirance envers lui.
Réussite au test :
Dans un récit de science-fiction, deux femmes astronautes discutent de la faisabilité d’une manœuvre technique, ou encore dans une fresque familiale, une grand-mère et sa petite-fille parlent d’héritage, de souvenirs et de transmission. Dans ces cas, les personnages féminins existent en tant que sujets autonomes, avec des préoccupations qui leur appartiennent.
Comment utiliser le test dans votre écriture
Lorsque vous révisez votre manuscrit, posez-vous ces questions simples :
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Mes personnages féminins portent-ils un prénom, une identité propre, ou sont-ils seulement « la femme de… », « la sœur de… », « la fille de… » ?
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Parlent-ils entre elles, ou sont-elles cantonnées à des échanges avec les hommes ?
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Si elles parlent ensemble, leurs dialogues sont-ils variés (projets, rêves, opinions, conflits, émotions) ou toujours centrés sur les hommes ?
Pourquoi cela enrichit vos récits ?
Prêter attention à ces détails ne relève pas de la contrainte, mais d’un enrichissement littéraire. En donnant à vos personnages féminins des voix plurielles, vous :
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multipliez les points de vue et rendez votre univers plus vivant ;
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évitez de limiter vos héroïnes à un rôle de miroir du héros masculin ;
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gagnez en crédibilité, car vos lecteurs et lectrices reconnaissent mieux la diversité des expériences humaines.
Le test de Bechdel-Wallace n’est pas un verdict, mais un révélateur. Il vous invite à vous demander : mes personnages féminins existent-ils pleinement dans mon récit, ou seulement en fonction des hommes ?
En vous posant cette question, vous ne vous contentez pas de réussir un test minimaliste : vous ouvrez vos histoires à une richesse plus grande, où chaque personnage — femme ou homme — a la possibilité d’être sujet de sa propre trajectoire.
N.B. Il est interdit de reproduire ce texte, en entier ou en partie, sans avoir obtenu notre autorisation.
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