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Créer un effet de réel

Vous écrivez une scène de roman. Vous alternez séquences narratives et dialogales de manière savamment dosée. Or vous faites lecture de ce passage et n’êtes pas encore satisfait du résultat. Il y manque quelque chose, pour le rendre plus vivant, mais vous ne savez pas l’identifier encore…

Évoquer le contexte

C’est bien beau de narrer les événements et de présenter un dialogue bien ficelé entre personnages, mais encore faut-il ancrer tout cela dans un contexte qui permette au lecteur de visualiser la scène.

Par exemple, votre personnage a une conversation téléphonique; il serait bien de prendre la peine de décrire quelque peu le lieu où il se trouve au moment de passer cet appel. Est-il assis à son bureau de travail, sur un banc de parc, dans son salon ou sur un petit tabouret placé près du comptoir de la cuisine? Est-ce au lever du jour ou, au contraire, à la tombée de la nuit? L’éclairage est-il lumineux ou sombre?

Prenez le temps d’imaginer le décor et son ambiance, partagez cela au lecteur afin qu’il arrive à entrevoir la scène telle que vous l’imaginez vous-même.

Que fait le personnage au moment où il parle? Fait-il les cent pas dans la pièce, regarde-t-il par la fenêtre de sa chambre, fait-il la vaisselle le combiné coincé entre la tête et l’épaule? Tapote-t-il des doigts sur le bureau, tourne-t-il une mèche de ses cheveux, griffonne-t-il un dessin sur un bout de papier?

Comprenez bien qu’il ne s’agit pas de se perdre en détails futiles, mais de permettre d’imaginer la gestuelle du protagoniste et de situer la scène dans un espace-temps défini. Ce sont de menus détails qui donnent au lecteur l’impression d’être sur place, en compagnie du personnage.

Un petit exemple:

Dans la pénombre de la nuit tombante, assise sur le petit banc de la cuisine, Natasha piochait dans son assiette, le poignet mou, ayant perdu l’appétit. Était-il possible que Sabrina lui mente? La voix de son amie, résonnant dans le combiné téléphonique, lui semblait mal affirmée.

— Tu ne me mentirais jamais, n’est-ce pas?

— Non bien sûr, pourquoi le ferais-je?

Natasha laissa tomber sa fourchette à côté de l’assiette et quitta son siège pour se rendre à la fenêtre. La main placée sur les reins, elle redressa son dos et plongea le regard dans l’énorme banc de neige qui lui bloquait la vue.

— Je ne sais pas, je demande ça comme ça…

— Parce que tu as des doutes sur mon amitié? Je ne peux pas croire, Natasha, qu’après toutes ces années…

— Mais non, mais non… s’empressa-t-elle de répondre en retournant s’asseoir avec lassitude sur le petit banc de bois, devant l’assiette abandonnée, pardonne-moi, je n’arrive pas à me faire à l’idée et je crois qu’au fond je préférerais que tout ça ne soit pas vrai.

— Je peux comprendre, mais il te faut voir enfin la réalité en face, et affronter tes peurs.

La paume de Natasha ne tarda pas à recueillir son front devenu pesant. En balançant légèrement la tête de gauche à droite, elle protesta :

— Non, non, non… Sabrina, c’est impossible, je ne peux pas croire ça!

— Je sais bien, je comprends que tu ne veilles pas le croire, mais je…

— Je dois te laisser là-dessus, Sabrina, l’interrompit-elle en se relevant comme pour affirmer son décret. J’ai besoin d’être seule, de faire le point, de digérer tout ça.

Et le combiné, une fois déposé sur son socle, elle s’affaissa au sol comme une grande tache noire sur le motif carrelé de la céramique.

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