Un écrivain qui ne lit pas, est-ce possible?

On n’est pas sans savoir que des lectures d’enfances, prégnantes, ont souvent donné naissance à de grands écrivains. Au travers les mots des autres, ces derniers ont découvert leur propre vocation. Les plus avides se sont jetés sur des séries ou des œuvres complètes, alimentant ainsi leur nouvelle passion. Certains parlent littéralement de révélation; ils ont réalisé les multiples possibles de la littérature qui, jusque-là, ne leur avaient pas encore effleuré l’esprit. C’est dire la puissance évocatrice des mots.

C’est incontestable, l’écriture est un art. Et tout art se déploie, comme n’importe quelle autre discipline, par le recours à l’observation et la pratique.

En effet, quel que soit le domaine — intellectuel ou manuel — dans lequel on souhaite devenir un expert, il faut d’abord observer avec attention les professionnels à l’œuvre, apprécier la qualité de leur ouvrage, examiner différents styles et les techniques employées, pour ensuite être en mesure de développer son esprit critique. L’apprenti, stimulé par ce dont il fait la découverte, prendra conscience des défis que pose cette spécialité, envisagera de pousser plus loin certaines méthodes, d’en renouveler des anciennes, et en instaurera peut-être même de nouvelles.

Cela dit, il n’est pas que le novice qui doive tirer leçon des maîtres; les vétérans ont également tout à gagner de s’enrichir en côtoyant de près le travail de leurs pairs.

L’écriture, comme toute forme d’art, se stimule, se développe, s’approfondit, se peaufine. Si des études littéraires ne sont pas obligées pour se lancer en littérature, il faut tout de même bien connaître sa discipline, car il ne suffit pas d’avoir appris à écrire à l’école pour devenir écrivain!

Nourrir sa pensée et son imaginaire

Lire, c’est aussi écrire. C’est-à-dire qu’un écrivain qui lit est un écrivain qui réfléchit sur ses propres pratiques d’écriture. Ce faisant, il progresse dans la conception qu’il se fait de son œuvre, en constante élaboration, et sur l’acte d’écrire lui-même.

Se définir par l’altérité

Lire, c’est entrer dans le monde de l’imaginaire, celui de la fiction, c’est explorer les possibilités, prendre connaissance de ce qui a été fait jusqu’ici et de la manière dont notre œuvre peut éventuellement se distinguer des autres. C’est par l’altérité que l’on développe la conscience de soi, que l’on note ses ressemblances et ses différences, et que l’on apprend à mieux cerner et définir son propre style. La lecture permet de se situer soi-même dans le corpus littéraire global et celui de son époque, de son milieu. Cela sans compter que la lecture favorise l’ouverture d’esprit et, par conséquent, l’élargissement des horizons!

Se mettre dans la peau du lecteur

Si vous n’avez que peu d’intérêt pour les livres des autres, auteurs classiques ou contemporains, comment pensez-vous parvenir à intéresser vous-même les lecteurs? Il s’avère essentiel, pour un écrivain, de réfléchir à la manière de captiver son lectorat. En lisant soi-même, on découvre ce qui suscite en nous l’intérêt ou, au contraire, l’ennui, et on ne manquera pas d’en tirer des leçons.

Une leçon de modestie

La lecture fréquente et diversifiée permet de prendre la pleine mesure du défi que constitue l’écriture. Elle donne droit à une expérience immersive, au cœur de diverses ambiances, où l’on peut apprécier bien plus que la seule richesse du vocabulaire. On peut y découvrir la puissance évocatrice des figures de style, l’art du rythme narratif et celui de susciter l’émotion. Au fil de ses lectures, l’écrivain observe différentes manières de formuler les idées, il remarque la souplesse de la prose et l’efficacité de la rhétorique. L’inverse est aussi vrai; à la lecture d’ouvrages bâclés, l’écrivain apprendra à reconnaître les clichés et les éviter. Rien de plus formateur que la considération d’un mauvais roman! Bref, un bon aperçu du paysage littéraire permet de mettre la barre haute tout en préservant — on l’espère, du moins! — des principaux écueils.

Surmonter la crainte de l’influence

On a déjà entendu des auteurs affirmer que, lorsqu’ils sont en période d’écriture, ils préfèrent ne pas lire de peur d’être influencés par l’écriture d’un autre. Il faut bien noter la nuance : lorsqu’ils sont en période d’écriture. Toutefois, comme on sait qu’un écrivain passe le plus clair de son temps à écrire… on peut se demander quand se trouvera le temps de lire! Une chose est certaine, c’est qu’il ne faudrait pas faire l’erreur de croire que le fait de ne pas lire garantisse l’originalité. Au contraire, à défaut d’écrire en toute connaissance de cause, on risque de coucher sur la feuille blanche ce qui a déjà été dit mille fois, et ce sans même le savoir…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close