« Bit-lit » un jour, « bit-lit » toujours?

D’abord, il faut savoir que l’expression « bit-lit » s’est formée de manière analogue à la « chick lit » (littéralement : littérature de poulette). Il s’agit en fait de la contraction du mot « literature » et du mot « bite » (verbe qui, en anglais, signifie « mordre »); vous concevez déjà, n’est-ce pas, le rapprochement avec les dents pointues de vampires prêtes à se planter avec avidité dans la chair tendre d’une nuque.

Ce courant romanesque représente depuis quelques années un succès commercial qu’on ne saurait nier. Une véritable mine d’or. Entre les pages de ces romans, qui se vendent comme des petits pains chauds à l’échelle planétaire, on se régale d’histoires d’amour tourmentées entre humains et vampires, loups-garous, démons et autres sombres créatures archétypales. Disons d’emblée qu’il s’agit d’une variante du roman sentimental.

Entre genre et phénomène

La « bit-lit » est basée sur une sorte de canevas, à la manière des romans d’amour Harlequin, et répond à un horizon d’attente bien établi. Pour cette raison d’ailleurs, on critique souvent les stéréotypes que le genre véhicule; on lui reproche son absence d’originalité et de qualités proprement littéraires. La « bit-lit » jouit d’une mise en marché envahissante. Elle vise un lectorat jeune adulte et met habituellement en scène une jeune femme ordinaire rencontrant l’amour avec un homme (enfin, disons plutôt un être aux attributs masculins, qu’il soit vampire ou autre) quant à lui extraordinaire. Le lectorat, massivement féminin, ne manque pas de s’identifier à l’héroïne.

On peut déceler dans la « bit-lit » une sorte de conte de fées moderne à la sauce fantastique urbaine sur fond d’ambiance gothique. S’il s’inscrit dans un monde contemporain, le roman « bit-lit » n’est pas réaliste; il est apprécié par la lectrice parce qu’il permet l’évasion du quotidien et qu’à l’instar du classique roman d’amour il offre de quoi faire rêver les incurables sentimentales. De ce fait, la tension érotique est palpable : l’héroïne tombe fatalement amoureuse de l’ennemi. Un monde les sépare et conspire à empêcher l’épanouissement de cet amour.

L’érotisme latent de ce genre romanesque se trouve amplifié par l’aura de mystère, de danger et de fascination qui enveloppe le récit. Le tout se joue au centre d’un univers manichéen où s’affrontent les forces du bien et du mal; de là l’étiquette de roman « simpliste » que plusieurs lui accolent. Doit-on déceler chez les fanas du genre la volonté inconsciente d’amadouer les monstres de l’enfance en jouant de leur faiblesse sentimentale? « Le loup-garou devient “mignon” comme un simple animal domesticable, le vampyre (sic) n’est plus un monstre mais la fontaine de jouvence, les relations intimistes et inter-espèces donnent prétexte à l’univers », affirme à ce sujet Fabrizio, président fondateur de l’association Apocryphos.

Que doit-on comprendre de cet engouement populaire pour la « bit-lit »? Il serait intéressant d’observer le phénomène sous l’angle de la psychanalyse ou de la sociologie afin d’amorcer une réflexion à ce sujet.

Qu’en est-il de la pérennité de la « bit-lit »?

N’est-ce qu’un genre à la mode ou s’agit-il plutôt d’un phénomène appelé à s’inscrire de manière permanente dans le paysage littéraire? Certains affirment que le courant est moribond, d’autres qu’il se maintient. Mais le succès va-t-il durer ou s’évanouir bientôt?

S’il est incontestable que les romans appartenant à ce genre s’étalent largement sur les tablettes des libraires et que le phénomène a pris une ampleur incroyable grâce à la mise en marché qu’on lui connaît, on peut toutefois se demander si le lectorat ne finira pas par se lasser de cet univers; faudra-t-il alors réinventer le genre?

Selon Audrey Petit, directrice d’Orbit, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, la thématique est intemporelle, même si elle devait éventuellement se prêter à quelques mutations : « Comme le zombie ou les fantômes, le vampire est immortel, un thème qui fonctionne généralement bien, en littérature comme ailleurs. Surtout, au-delà des ingrédients connus du mythe – l’immortalité, la séduction et l’érotisme, etc. – le vampire se prête à d’infinies variations. »

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