Le blues post-manuscrit

Vous avez investi des heures et des heures de travail dans ce projet d’écriture. Aujourd’hui, vous ne savez plus quoi faire de vos dix doigts, vous tournez en rond dans votre bureau de travail, vous avez le sentiment d’être dépossédé(e) de quelque chose. L’écran de votre ordinateur semble n’être plus qu’une fenêtre ouverte sur un vide sidéral. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e)!

La romancière et poète Marie Christine Bernard affirme : « La dernière fois, ç’a été vraiment intense. J’appelle ça mon post-partum de livre. Après la remise de Matisiwin, j’ai été carrément dépressive. » Elle ajoute même que plus d’un an après avoir terminé l’écriture de ce livre, qui a été très important pour elle, elle ne se considère toujours pas guérie. Pour elle, l’achèvement d’un manuscrit correspond à une perte, un deuil. « Tu as été habitée par un univers, des personnages, des voix durant plusieurs années et du jour au lendemain tout se tait. Tu restes toute seule dans ta tête tout d’un coup. Comme une maison soudainement abandonnée », ajoute-t-elle.

Sophie Rondeau, auteure de livres pour enfants, adolescents et adultes, abonde dans le même sens : « Quand j’ai fini d’écrire un livre, souvent je tombe. Je me sens vidée de toute mon énergie, j’ai de la difficulté à faire mes activités quotidiennes pendant quelques jours. Il arrive aussi que je sois carrément malade, comme si mon corps retenait le virus jusqu’à ce que j’aie fini d’écrire. Et j’ai les blues, comme après avoir accouché. Je me sens vide de l’intérieur. »

L’auteure de romans historiques Valérie Langlois déclare qu’elle vit également le deuil de personnages auxquels elle s’est beaucoup attachée. « J’ai aussi la certitude que certains d’entre eux reviendront dans le prochain manuscrit même si mes livres ne sont pas des suites. Alors je vire en rond, incapable de me mettre tout de suite à l’œuvre pour le prochain, je dois attendre d’avoir vécu ce que j’ai à vivre », explique-t-elle.

« Moi je me sens comme si mes enfants quittaient la maison : triste de les voir partir, mais après quelque temps je ne voudrais pas qu’ils réemménagent! » déclare Sylvie Ouellette, auteure de romans érotiques et historiques.

Dominic Bellavance, ayant publié à ce jour de la science-fiction et de la fantasy, en passant par des histoires contemporaines, affirme qu’en général pour lui c’est plutôt l’inverse. Comme du soulagement. « Comme si je venais de faire du ménage dans ma tête et que je pouvais enfin repartir en neuf avec des nouveaux meubles » dit-il.​

Suzanne Roy, auteure de nouvelles et de romances, fait quant à elle des nuances en affirmant qu’après avoir terminé un projet d’écriture, « on se sent vide. On dirait qu’on ne peut plus y retoucher. Pour certains textes, c’est dur (les séries, généralement), mais pour certains romans, c’est un soulagement, comme le dit Dominic. »

Après avoir planché longuement sur un manuscrit, passé des heures, des jours, des mois, voire des années à écrire et à réécrire les chapitres, les paragraphes et les phrases, en pesant bien le poids de chaque mot, et ce jusqu’à atteindre la mouture parfaite, il est donc normal que vous ressentiez une sorte d’épuisement, que vous soyez envahi(e) par le sentiment d’être vidé(e), d’avoir tout donné.

Il faut respecter cette étape, qui fait partie elle aussi du processus de création, et laisser le temps faire son œuvre en attendant d’être prêt(e) à s’attaquer à un nouveau projet!​

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