L’art de la réécriture

Vous venez de terminer la première version de votre manuscrit, et avez commencé à structurer votre démarche de réécriture. Il se peut toutefois que, dans le fin détail, vous ne sachiez trop à quels aspects il convient de porter attention pour peaufiner le texte.

La réécriture est une tâche qui se doit d’être minutieuse, et qui exige le déploiement de votre esprit critique. Il importe de considérer le manuscrit comme s’il était extérieur à vous-même, détaché de tout affect, afin d’en arriver à prendre les décisions qui s’imposent. Voici, pour vous guider, quatre actions primordiales à accomplir dans le cadre de cette tâche :

1— Supprimer

La suppression vise à alléger le texte en raturant les mots inutiles, c’est-à-dire ceux qui n’apportent rien de valable au texte. Par exemple, on a parfois la fâcheuse manie de saupoudrer le texte d’adjectifs et d’adverbes plus ou moins nécessaires. Au moment du premier jet, on a l’impression que ça fait plus joli, plus poétique, mais au moment de la relecture on réalise que cela alourdit les phrases. Il faut passer au crible chaque énoncé, et si un mot n’apporte pas une précision essentielle, n’hésitez pas à le remettre en question. La phrase se lit-elle aisément en l’absence de ce mot? Perd-elle de son sens ou s’en trouve-t-elle au contraire plus légère et efficace?

On verra également à éviter les pléonasmes ou les redondances, même chose pour les répétitions d’informations et reformulations superflues qu’il faut éliminer afin de ne pas ennuyer le lecteur et lui donner l’impression de tourner en rond dans sa lecture.

Dans le registre des suppressions, il y a aussi les tics de langage, c’est-à-dire les expressions qui reviennent sans cesse dans la narration, sans utilité réelle, et qui peuvent devenir agaçantes à la longue. Il n’est pas question ici, convient-il de préciser, de ceux que l’on met en bouche des personnages, car alors ce peut être une manière de personnaliser leur façon de s’exprimer; cela dit si un tic de langage doit revenir dans les propos de l’un des protagonistes, il faut voir à ce que cela lui soit spécifique, et que cela ne se propage pas sans raison dans les expressions des autres personnages.

La suppression, en plus de débarrasser le texte de quelques irritants, permet d’assurer la fluidité des phrases et par conséquent de maintenir un rythme de lecture agréable. On pourra aussi, lors de cette manœuvre, supprimer des phrases complètes ou encore des pans de phrase dans le but de résumer une idée et de rendre la formulation plus efficace. Il ne faut pas oublier que dans les phrases trop longues, le lecteur a tendance à se perdre. Rien ne lui rend la tâche plus pénible que de devoir relire une phrase par deux fois ou trois fois avant d’arriver à en tirer du sens.

2— Substituer

Le moment de la réécriture peut être aussi celui de l’expérimentation. Il est toujours temps de changer d’avis tant et aussi longtemps que le texte n’en est pas à sa version finale. Parfois, il arrive même que l’on doive réécrire l’entièreté d’un texte après avoir réalisé que les choix narratifs de départ n’étaient pas ceux qui permettaient de livrer le texte sous sa meilleure forme. Il est possible, par exemple, de procéder à quelques substitutions afin d’en étudier les effets. Ainsi un changement de narrateur peut avoir une incidence notable sur la lecture. L’utilisation de la 3e personne du singulier, pour désigner chacun des personnages, créé une certaine distance, aussi le lecteur peut-il accueillir les propos avec un brin de détachement, en recevant les énoncés comme autant d’informations neutres fournies dans le but d’assurer sa compréhension du texte. L’emploi de la 1re personne du singulier crée quant à elle un effet de proximité avec le lecteur, comme si le protagoniste prenait ce dernier pour confident. Dans le cas d’un récit visant à éveiller la sensibilité du lecteur et à faire naître en lui certaines émotions, cette voix narrative apparaît propice à créer un contexte d’intimité. On choisira donc la voix narrative selon l’effet recherché.

On peut aussi procéder à un changement de temps de verbes et en mesurer les effets. L’emploi du présent de l’indicatif nous plonge au cœur de l’action tandis que le passé simple nous relate les faits après-coup, provoquant un certain recul par rapport aux événements. Cependant si le récit doit absolument être raconté au passé, il faut prendre en considération que le passé composé conférera au texte une facture plus contemporaine que le passé simple.

La substitution permet aussi de procéder à l’enrichissement du vocabulaire, en remplaçant un mot commun par un autre plus précis. Il faut porter une attention particulière aux noms génériques; on dira donc par exemple qu’une hirondelle survole la maison plutôt que de parler d’un simple oiseau (il y a tant de variétés que le lecteur ne sait trop quoi imaginer!) Il faut voir aussi à remplacer les verbes « pauvres » aussi appelés « verbes ternes »; être, avoir, faire, dire, se trouver, etc. par des verbes spécifiques. Par exemple, plutôt que d’écrire qu’un personnage fait un gâteau, on dira qu’il en cuisine un, pour être plus précis.

Toujours dans cette approche de substitution, on verra à remplacer un mot par un autre dans le but de faire disparaître les occurrences rapprochées de certains mots identiques ou de même famille, ou encore afin d’améliorer la musicalité du texte (en tenant compte des rimes et assonances). Et puis, bien sûr, il ne faut pas oublier de faire disparaître les anglicismes en leur substituant un mot français!

3— Développer

Si en certaines occasions il importe de savoir trancher dans le texte, en d’autres il faut savoir développer. Les idées ont parfois besoin d’être bien mises en place, enracinées solidement, pour être assimilées par le lecteur. Approfondir ou explorer une piste c’est donc en faciliter la compréhension. Mais attention! À cette étape, plusieurs ont tendance à augmenter le texte sans vraiment développer les idées ou approfondir la réflexion. Soyez certain de saisir les nuances et de ne pas commettre cette erreur; il faut savoir faire les bons choix. 

4— Remanier 

C’est l’étape où l’on s’amuse avec la flexibilité du discours. On se plaît à manier la syntaxe, c’est-à-dire à réorganiser les phrases afin de briser la monotonie de la sempiternelle structure sujet/verbe/complément. C’est le temps de moduler le rythme de lecture, de jouer avec les sonorités ou encore de mettre en valeur un mot ou une idée.

À cette étape, portez une attention particulière aux abus de subordonnées (les fameux qui, que, quoi, dont, où… etc.), de coordonnants (les classiques, mais, où, et, donc, car, ni, or, etc.), et aussi les participes présents (mangeant, dormant, devenant, etc.) qui peuvent rapidement devenir monotones lorsque leur présence dans le texte est abusive.

Afin de vous permettre d’y voir clair dans tout ce travail, soumettez votre texte à l’analyse de manuscrit proposé par Le pigeon décoiffé. Un avis professionnel vous permettra de porter attention aux aspects importants en plus de vous donner accès à de judicieux conseils éditoriaux entièrement personnalisés.

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